Le journaliste et animateur Philippe Bouvard est décédé lundi à l'âge de 96 ans. Figure emblématique de la radio française, il a accompagné les auditeurs pendant soixante ans, notamment grâce à l'émission « Les Grosses Têtes » qu'il a lancée en 1977 sur RTL. Il résidait à Cannes, sur la Côte d'Azur, avec son épouse Colette.
Un pilier de RTL et des « Grosses Têtes »
Philippe Bouvard a rejoint RTL dans les années 1960 et y est resté un pilier. En 1977, il crée « Les Grosses Têtes », une émission de divertissement où des personnalités répondent à des questions posées par les auditeurs. Rapidement, l'émission devient l'une des plus écoutées de France. En septembre 2014, après 37 ans à sa tête, il doit céder sa place à Laurent Ruquier, chargé de rajeunir le programme. Bouvard, alors âgé de près de 85 ans, vit mal ce départ : « Ce n'est pas moi qui ai pris la décision (d'arrêter) mais je l'ai acceptée. L'annonce de cet abandon, car c'en est un, est un déchirement », avait-il déclaré.
Huit ans plus tard, il confiait qu'il aurait été incapable d'arrêter de lui-même l'émission. La station lui avait ensuite confié « Allô Bouvard », diffusé le week-end, qui s'est arrêté à l'été 2020. Malgré sa vue et son audition défaillantes, il tenait encore à 94 ans une page dans le magazine VSD et une chronique dominicale sur RTL. Il s'est résigné à « faire silence » le 1er janvier 2025, expliquant : « Parce que le 1er janvier, j'aurai établi le double record que j'espérais, c'est-à-dire 60 ans de radio et 60 ans de RTL ».
Une carrière prolifique entre presse et télévision
Philippe Bouvard a toujours été un hyperactif. Il recensait début 2013 dans le quotidien Nice-Matin, auquel il collaborait, environ 30 000 articles et 6 000 émissions de télévision. Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers (Seine-et-Marne) d'un couple de petits commerçants, il entre au Figaro en 1952 comme garçon de courses, après un passage au Centre de formation des journalistes. Il gravit les échelons, signe la chronique mondaine et devient directeur des services parisiens.
En 1973, il quitte le Figaro pour France Soir, où il occupe plusieurs fonctions hiérarchiques et signe pendant des années un billet publié en Une. Il part en septembre 2003. Au cours de sa carrière, il est également conseiller technique à L'Express et chroniqueur à Paris Match. À la télévision, il présente de 1982 à 1987 « Le petit théâtre de Bouvard » sur Antenne 2, une émission de sketchs qui révèle de jeunes comédiens comme Muriel Robin, Pascal Legitimus, Mimie Mathy ou encore Chevallier et Laspalès.
Un style d'humour assumé et des controverses
Dans « Les Grosses Têtes », l'humour gaulois et les plaisanteries en dessous de la ceinture prennent le pas sur l'argument culturel. Bouvard déclarait : « Même si je revendique une certaine complaisance dans le registre de la braguette, l'exercice est plus périlleux qu'il n'y paraît. En radio, un bon mot qui vient cinq secondes trop tard n'est plus un bon mot ». Il citait Coluche, Desproges et Cioran comme ses humoristes préférés. L'homme, au physique rond et jovial, brocardait le fisc et peste contre le mépris qu'il dit subir de la part de l'intelligentsia. En 2022, il confiait au Parisien : « Je suis et je reste un Français moyen, râleur, chauvin, un rien xénophobe », tout en avouant parfois regretter de « s'être laissé engluer dans ce personnage ».
En 1996, il a été condamné pour provocation à la haine raciale à la suite d'une devinette posée lors d'une émission télévisée des « Grosses Têtes ». En mai 2000, la direction de RTL décide de rajeunir la station et le remplace par Christophe Dechavanne. L'audience s'effondre et l'animateur est rappelé quelques mois plus tard. Philippe Bouvard, passionné de jeux d'argent et d'écriture, vivait sur les hauteurs de Cannes avec son épouse Colette, avec qui il était marié depuis plus de 70 ans.



