La réforme des retraites de 2023 a profondément modifié les règles de départ à la retraite, poussant de nombreux seniors à repenser leur fin de carrière. Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) publiée en mars 2026, 62 % des actifs de plus de 55 ans envisagent de prolonger leur activité au-delà de l'âge légal, fixé à 64 ans pour les générations nées après 1960. Pour répondre à cette tendance, trois dispositifs juridiques permettent de gérer cette transition : le cumul emploi-retraite, la retraite progressive et le départ anticipé pour carrière longue. Chacun présente des avantages et des contraintes spécifiques.
Le cumul emploi-retraite : une solution flexible mais encadrée
Le cumul emploi-retraite permet de percevoir une pension tout en continuant à travailler. Selon le site officiel Info-retraite.fr, ce dispositif concerne environ 450 000 retraités en 2025, soit une hausse de 12 % par rapport à 2020. Il existe deux formes : le cumul intégral, accessible aux personnes ayant liquidé toutes leurs pensions (retraite de base et complémentaires) et ayant atteint l'âge légal, et le cumul partiel, qui s'applique en cas de non-liquidation de toutes les pensions. Dans ce dernier cas, la pension est réduite si les revenus d'activité dépassent un plafond, fixé à 160 % du SMIC (soit environ 2 400 euros brut par mois en 2026).
« Le cumul emploi-retraite est particulièrement intéressant pour les seniors qui souhaitent compléter leurs revenus sans perdre leur pension, mais il faut veiller à ne pas dépasser les plafonds sous peine de voir sa pension réduite », explique Maître Sophie Durand, avocate spécialisée en droit de la protection sociale, interrogée par Le Monde. Ce dispositif permet également de générer de nouveaux droits à la retraite, qui seront ajoutés à la pension sous forme de majoration.
La retraite progressive : un outil pour une transition en douceur
La retraite progressive permet de réduire son temps de travail tout en percevant une partie de sa pension. Selon les données de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV), environ 35 000 personnes ont opté pour ce dispositif en 2025, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2024. Pour en bénéficier, il faut avoir au moins 60 ans et justifier d'une durée d'assurance d'au moins 150 trimestres. L'activité doit être exercée à temps partiel, entre 40 % et 80 % de la durée légale. La pension est alors versée proportionnellement à la quotité de travail non effectuée.
« La retraite progressive est un excellent outil pour éviter une rupture brutale entre vie active et retraite, mais elle nécessite l'accord de l'employeur, ce qui peut être un frein », souligne la DREES dans son rapport de 2026. Ce dispositif est particulièrement prisé dans les secteurs où l'usure professionnelle est forte, comme le BTP ou la santé. Il permet également de continuer à cotiser pour améliorer sa pension future.
Le départ anticipé pour carrière longue : un accès facilité mais sous conditions
Le départ anticipé pour carrière longue permet de partir à la retraite avant l'âge légal, dès 58 ans pour les personnes ayant commencé à travailler avant 16 ans et justifiant d'une durée d'assurance de 172 trimestres (soit 43 ans). Selon le ministère du Travail, environ 120 000 départs anticipés ont été enregistrés en 2025, un chiffre stable par rapport à 2024. Ce dispositif est réservé aux personnes ayant cotisé au moins 5 trimestres avant la fin de l'année de leurs 16 ans (ou 18 ans selon les cas).
« Le départ anticipé est une reconnaissance de la pénibilité des carrières longues, mais il faut être vigilant sur les justificatifs de carrière, qui peuvent être complexes à rassembler », prévient Maître Durand. Les demandes sont souvent rejetées en raison de lacunes dans les relevés de carrière. Un recours est possible auprès de la commission de recours amiable de la CNAV.
Des choix à adapter à chaque situation
Ces trois dispositifs répondent à des besoins différents : le cumul emploi-retraite pour ceux qui veulent maximiser leurs revenus, la retraite progressive pour une transition en douceur, et le départ anticipé pour les carrières longues. Selon une enquête de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) de 2025, 38 % des seniors optent pour le cumul emploi-retraite, 22 % pour la retraite progressive, et 40 % pour un départ anticipé. Le choix dépend de l'état de santé, des contraintes professionnelles et des objectifs financiers.
Pour bénéficier de ces dispositifs, il est recommandé de consulter un conseiller retraite ou un avocat spécialisé. Le site Info-retraite.fr propose un simulateur personnalisé pour estimer l'impact de chaque option. En 2026, la réforme des retraites continue d'évoluer, avec une possible harmonisation des règles entre régimes, ce qui pourrait modifier ces dispositifs dans les années à venir.



