La retraite progressive connaît un essor remarquable en France. Selon les dernières données de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav), près de 80 000 salariés en bénéficient en 2026, soit une augmentation de 30 % par rapport à 2024. Ce dispositif, qui permet de travailler à temps partiel tout en percevant une partie de sa pension de retraite, séduit de plus en plus de Français, notamment depuis la réforme des retraites de 2023.
Un dispositif méconnu mais en plein essor
La retraite progressive, créée en 1988, reste encore peu connue du grand public. Pourtant, elle connaît un véritable boom depuis deux ans. « La réforme des retraites a rendu ce dispositif plus attractif en assouplissant les conditions d’accès », explique Philippe L., expert à la Cnav. Désormais, les salariés peuvent en bénéficier dès 60 ans, contre 62 ans auparavant, à condition de justifier d’au moins 150 trimestres de cotisation. En 2026, l’âge moyen d’entrée dans le dispositif est de 61,5 ans.
Le nombre de bénéficiaires a bondi de 30 % en deux ans, passant de 61 000 en 2024 à près de 80 000 en 2026. Cette hausse est particulièrement marquée dans les secteurs du commerce, de la santé et de l’éducation, où le temps partiel est plus courant. Les femmes représentent 58 % des bénéficiaires, un chiffre qui reflète leur plus grande propension à travailler à temps partiel en fin de carrière.
Un levier pour une transition en douceur vers la retraite
Pour les salariés, la retraite progressive offre une transition progressive entre vie active et retraite complète. « Cela permet de réduire son temps de travail sans perdre trop de revenus, tout en continuant à cotiser pour une pension plus élevée », souligne Marie D., conseillère en gestion de carrière. Concrètement, le salarié perçoit une fraction de sa pension (généralement entre 20 % et 80 %) en fonction de son temps de travail. Par exemple, un salarié qui réduit son temps de travail de 50 % percevra 50 % de sa pension.
Ce dispositif présente également un avantage pour les employeurs, qui peuvent conserver des salariés expérimentés tout en réduisant leurs coûts salariaux. « C’est un outil de gestion des fins de carrière très intéressant, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs », ajoute Jean-Pierre B., DRH d’une entreprise de logistique.
Un impact limité mais prometteur sur l’emploi des seniors
Malgré cette progression, la retraite progressive ne concerne encore qu’une minorité de seniors. En 2026, elle représente moins de 2 % des départs à la retraite. « Le dispositif reste trop complexe et méconnu des salariés comme des entreprises », regrette un rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) publié en mars 2026. Le COR recommande de simplifier les démarches et de mieux communiquer sur ce dispositif.
Pourtant, son potentiel est important dans un contexte de réforme des retraites visant à allonger la durée de cotisation. « La retraite progressive pourrait être un levier efficace pour maintenir les seniors en emploi plus longtemps, tout en répondant à leurs aspirations de qualité de vie », conclut le rapport. Selon une enquête de la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques), 45 % des salariés de plus de 55 ans se disent intéressés par ce dispositif, mais seulement 10 % y ont réellement recours.
Des disparités territoriales et sectorielles
Le recours à la retraite progressive varie fortement selon les régions et les secteurs. En Île-de-France, 12 % des bénéficiaires sont concentrés, contre 8 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les secteurs les plus représentés sont le commerce (22 %), la santé (18 %) et l’éducation (14 %). En revanche, l’industrie et la construction sont sous-représentées, avec respectivement 8 % et 5 % des bénéficiaires.
Pour les experts, ces disparités s’expliquent par la nature des métiers et la culture d’entreprise. « Dans les métiers physiquement exigeants, le temps partiel est moins envisageable », note un sociologue du travail. De plus, certaines entreprises hésitent à proposer ce dispositif par crainte de désorganisation des équipes.
Vers une généralisation du dispositif ?
Face à ce succès relatif, le gouvernement réfléchit à étendre la retraite progressive à davantage de salariés. Lors d’une conférence de presse le 10 juillet 2026, la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, a annoncé une simplification des démarches administratives d’ici 2027. « Nous voulons faire de la retraite progressive un véritable outil de transition vers la retraite, accessible à tous les salariés qui le souhaitent », a-t-elle déclaré.
Cette annonce intervient alors que le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) stagne autour de 56 % en France, bien en dessous de la moyenne européenne de 62 %. La retraite progressive pourrait contribuer à améliorer ce chiffre, tout en répondant aux aspirations des salariés qui souhaitent réduire leur temps de travail en fin de carrière.



