L'industrie française sous tension : énergie chère et concurrence menacent la réindustrialisation
Industrie française : énergie chère et concurrence menacent

L'industrie française sous pression face à la flambée des coûts énergétiques

La hausse des prix de l'énergie, directement liée aux tensions géopolitiques actuelles, fragilise considérablement le secteur industriel français. Ce dernier est déjà confronté à une concurrence internationale intense et à des défis structurels persistants. La guerre au Moyen-Orient et son impact sur les marchés énergétiques constituent un obstacle supplémentaire majeur pour la volonté française de se réindustrialiser, handicapant un secteur d'activité déjà soumis à une pression concurrentielle mondiale accrue.

Le salon Global Industrie : cœur battant de l'industrie française

Le salon Global Industrie, présidé par le patron de la banque publique d'investissement Bpifrance, Nicolas Dufourcq, rassemble de lundi à jeudi 60 000 industriels représentant plus de 50 filières différentes au Parc des expositions de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Cet événement majeur accueille plusieurs ministres, notamment Roland Lescure (Économie), Maud Bregeon (Énergie), Serge Papin (PME et Commerce), Jean-Pierre Farandou (Travail) et Sébastien Martin (Industrie), ainsi que le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné.

L'ambition affichée du salon est d'être « durant quatre jours le cœur battant de l'industrie française », un secteur qui pèse environ 322 000 entreprises employant 3,3 millions de salariés et représente plus de 1 500 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel.

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L'impact dévastateur de la facture énergétique

Déjà pénalisée par une énergie plus chère que chez ses concurrents asiatiques ou nord-américains, l'industrie européenne observe avec inquiétude la crise au Moyen-Orient faire remonter les prix du pétrole, du gaz et de l'électricité. « Le prix du gaz s'est accru de 30 euros le MW/h à 55 aujourd'hui », témoignait jeudi Axel Eggert, le directeur général d'Eurofer qui défend les intérêts des sidérurgistes européens. « Et plus la crise au Moyen-Orient durera, plus les impacts se feront sentir, y compris pour nos clients en aval », notamment les fabricants de voitures et les spécialistes de la construction, gros consommateurs d'acier.

Cette hausse des prix de l'énergie représente un handicap supplémentaire pour la « réindustrialisation », que les gouvernements successifs se sont efforcés de mener, alors que le secteur est en déclin constant depuis les années 1970. Selon les chiffres du ministère de l'Économie publiés dimanche, la réindustrialisation a ralenti en 2025 avec un solde net d'ouvertures et d'extensions d'usines positif mais en baisse « notable » par rapport à 2024.

Les enjeux cruciaux de la souveraineté économique

« La réindustrialisation est consensuelle politiquement » et dans l'opinion publique, explique Olivier Lluansi, professeur au Conservatoire national des arts et métiers. « Il y a une attente très forte » après des décennies de détricotage du tissu industriel français, poursuit-il. La désindustrialisation a « paupérisé des territoires » et créé « une vraie fracture territoriale » en les excluant « du récit économique de la nation », davantage tournée vers les services.

« Même si des solutions existent », un « questionnement monte sur la capacité du pays à y arriver », ajoute Olivier Lluansi. « Pourtant, nous n'avons pas d'autre choix si nous voulons rester souverains ».

Nicolas Dufourcq expliquait début mars que de « plus en plus d'efforts » sont nécessaires pour mener le combat de la réindustrialisation, et que sans soutien à la création d'entreprises ou de sites industriels, « ce serait de nouveau le toboggan » des fermetures en Europe et en France. En outre, des représentants du patronat français ont mis en garde lundi dans « Les Échos » contre « l'incertitude juridique » comme frein potentiel à la réindustrialisation, après une décision du Conseil d'État en décembre interdisant l'exploitation des gaz de couche dans le sous-sol lorrain en raison de risques pour l'environnement.

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La concurrence internationale en toile de fond

Les situations varient considérablement en fonction des secteurs industriels. Ce sont surtout la chimie, la mécanique ou les sous-traitants automobiles qui souffrent le plus actuellement. L'aéronautique ou la défense, au contraire, se portent plutôt bien. Mais au-delà des prix de l'énergie, l'industrie européenne fait face à une concurrence de plus en plus perceptible de la Chine, capable de rivaliser voire de dépasser le savoir-faire industriel européen dans certains secteurs, comme l'expliquait fin 2025 Anaïs Voy-Gillis, chercheuse associée à l'IAE de Poitiers.

Les industriels chinois bénéficient de plusieurs avantages comparatifs majeurs, selon le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan :

  • Coûts de production durablement plus faibles
  • Chaînes de valeur toujours plus intégrées
  • Moindres contrôles réglementaires
  • Sous-évaluation persistante du taux de change

Face à cette concurrence, « il faut s'assurer que l'industrie européenne soit performante », insistait Anaïs Voy-Gillis. Début mars, Nicolas Dufourcq se montrait cependant optimiste, estimant que la « mobilisation générale de tous les acteurs » français permettait de « limiter les dégâts » et que, pour l'instant, « le loup n'arrive pas à rattraper les petits cochons de l'industrie française ».