Un mois après le passage dévastateur du mégafeu dans l'Aude, le Cellier des Demoiselles à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse subit de plein fouet les conséquences. La cave coopérative, qui employait quinze familles de viticulteurs, ne vendangera que 3 000 hectolitres cette année, contre 8 000 l'an dernier et jusqu'à 20 000 en 2022.
Un silence lourd remplace l'agitation coutumière
Plus de valse de tracteurs ni de bennes levées sur les quais. Depuis le début des vendanges, les vis sans fin tournent beaucoup dans le vide. Le 5 août, le feu a été stoppé sur le parking de la cave, laissant le sol noirci. "Si on avait été touché, c'était fini pour nous", assure le directeur Anaël Payrou. "C'est comme le paysage, c'est mort. Sur les 406 hectares de notre zone, 286 ont été détruits, soit 70 % des vignobles."
Les coopératives se sentent oubliées
La situation économique de la cave risque d'être exsangue d'ici quelques mois. Les emplois permanents ne sont pas encore menacés, mais les saisonniers comme Antonin et Pierre sont "inquiets pour l'avenir". Audrey, responsable du caveau, "réalise au fur et à mesure" et a "du mal à se projeter". Anaël Payrou déplore : "Nous attendons une compensation de l'État. Sur les 8 millions d'euros d'aide aux viticulteurs, rien n'est prévu pour les coopératives, alors que nous allons porter toutes les charges. Les coopératives sont complètement oubliées."
Un élan de solidarité et une cuvée spéciale
La cave peut compter sur la solidarité des clients. Nicole est venue "exprès" de Narbonne avec sa mère pour acheter des cartons de vin. "C'est normal de les soutenir, il le faut après ce qu'ils ont vécu", dit-elle, émue. En octobre, une cuvée solidaire sera lancée avec le château Le Palais, le domaine de Montjoi et le château Caraguilhes. Un euro par bouteille sera reversé aux pompiers de l'Aude. Une cagnotte a déjà récolté plus de 30 000 euros pour replanter les vignes.
Un avenir à réinventer
Anaël Payrou croit en un avenir pour les Corbières, à condition de prendre des décisions structurelles : "Il faudrait faire des Corbières une zone pilote, revoir les modes de plantations, créer une zone méditerranéenne comme zone agricole différenciée." La cave coopérative, forte de cent onze ans d'histoire, a traversé guerres et crises. Reste à savoir si elle saura, une fois de plus, se relever et se réinventer.



