Alors que le gouvernement se fixe pour objectif de construire 400 000 logements en Île-de-France d'ici à 2030, en Essonne, les élus locaux dénoncent la fin des aides aux maires bâtisseurs dans un contexte où la construction de logements est au plus bas. Malgré les nouveaux programmes, le nombre de logements construits demeure insuffisant pour répondre à la demande.
Savigny-sur-Orge : une commune attractive mais sous pression
Savigny-sur-Orge, 38 000 habitants au nord de l'Essonne, à 20 km de Paris, bénéficie d'une situation géographique privilégiée : proche de l'A6, de la N7, de la N104 et à vingt minutes en RER C de la capitale. Ces atouts ont attiré de nombreux programmes immobiliers ces dernières années. « Depuis 2014, plus de 1 000 logements ont été livrés », précise le maire Alexis Teillet (DVD). La ville doit atteindre 25 % de logements sociaux d'ici 2030, contre 20 % actuellement, en vertu de la loi SRU.
Pourtant, la pression démographique ne faiblit pas. « Depuis cinq ans, nous avons toujours plus de demandes que d'offres, assure Florian Clerjeault, conseiller location gestion chez Guy Hoquet à Savigny-sur-Orge. Nous avons une centaine de candidats pour un logement ! Dans les nouvelles constructions, les gens mettent en location et augmentent fortement les loyers. Ils trouvent quand même preneur. »
La construction en chute libre depuis cinq ans
« Nous avons beaucoup de demandes depuis le Covid, confirme Alexis Teillet. Dont de nombreux Parisiens qui veulent s'installer en banlieue sans trop s'éloigner de la capitale. Nous avons chaque année entre 3 500 et 4 000 demandes pour 500 à 600 logements attribués. »
Pour y faire face, certaines communes ont lancé de gros programmes immobiliers, mais dans l'ensemble, les chiffres de la construction sont en chute libre depuis cinq ans. Stéphane Beaudet, maire d'Évry-Courcouronnes et président de l'Association des maires d'Île-de-France (Amif), dresse un constat alarmant : « Entre 2021 et 2025, c'est - 39 % dans le Val-d'Oise, - 55 % dans les Hauts-de-Seine, - 28 % dans les Yvelines, - 49,4 % en Seine-et-Marne, - 53 % en Seine-Saint-Denis, - 7,4 % dans le Val-de-Marne, - 20 % à Paris et... + 1,7 % en Essonne. » En cause, la hausse des coûts de construction et des taux d'intérêt.
Ces chiffres suivent la tendance nationale. En 2020, 369 000 logements sont sortis de terre, pour baisser jusqu'à 261 000 en 2024. L'année 2025 a vu un léger rebond avec 274 000 logements mis en chantier, mais cela reste bas, alors que le gouvernement se fixe un objectif de 2 millions de logements d'ici 2030, dont 400 000 en Île-de-France. À titre de comparaison, 420 000 logements étaient sortis de terre dans la région entre 2001 et 2010, et 660 000 entre 2011 et 2020.
Un million de logements attendus en France
« Dans ma ville, j'ai 6 500 demandes par an pour 300 offres qui se libèrent chaque année. C'était 450 avant. Les gens quittent de moins en moins leur lieu de vie. Tout cela favorise les marchands de sommeil », déplore Stéphane Beaudet. « Il manque un million de logements en France, poursuit l'élu. La décohabitation, les divorces, on pète le score des familles monoparentales. Le monde a changé. Il faut loger tous ces gens. »
La situation est particulièrement tendue à Paris, où près de 200 000 demandes sont en cours, alors que le parc social de la capitale compte 245 000 logements, pour un peu moins de 10 000 attributions par an, selon l'Aorif, l'Union sociale pour l'habitat d'Île-de-France.
La fin des aides aux maires bâtisseurs
Cela passe par des encouragements à la construction. Le gouvernement a récemment dégainé son plan « Relance logement », mais le président de l'Amif n'est pas convaincu, car au même moment, il a supprimé l'aide aux maires bâtisseurs. « On demande aux maires (qui délivrent les permis de construire) de construire toujours plus. Mais l'État ne cesse de baisser nos dotations. L'arrivée de nouveaux habitants implique de construire des équipements publics, des écoles, des médiathèques, des gymnases... Alors nous avons dit à l'État de nous donner du grain à moudre pour construire et, en 2025, on l'a obtenu. »
Inscrite au budget, cette aide consistait en un forfait de 1 000 à 2 000 euros par logement, et jusqu'à 5 000 euros pour des logements « sociaux exemplaires énergétiquement ou environnementalement », pour des programmes avec autorisation d'urbanisme délivrée entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026, et mise en chantier avant le 30 juin 2027. « Cela a profité à 1 110 opérations en Île-de-France, précise Stéphane Beaudet. Mais cette aide a pris fin au 31 mars, alors on repart au combat. C'est un sujet qui est évoqué dans toutes mes réunions avec les maires. »
Le maire de Savigny confirme. « C'est un sujet majeur. Pour ce qui est de l'aide aux maires bâtisseurs, nous n'avons pu en bénéficier car l'État nous considère comme une ville riche car pavillonnaire. Ce qui est aussi important, c'est la politique de peuplement, voir qui on installe. Il faut redonner du pouvoir aux maires. Il en est question dans tous les projets de réforme depuis deux mandats, mais on attend toujours. »
Ces sujets seront au cœur des débats les 2 et 3 juin au salon de l'Amif, à la porte de Versailles à Paris (XVe).



