Pourquoi les collines de Nice attirent malgré le manque de commerces
Collines de Nice : attractivité malgré le manque de commerces

Un Niçois sur trois réside dans les collines de Nice, des quartiers excentrés qui attirent toujours plus d'habitants malgré un déficit criant de commerces, de services et d'espaces publics. Pourquoi un tel engouement ?

Des quartiers calmes avec vue, mais un accès limité

Claude Giauffret, né à Pessicart, se souvient d'un plateau du Righi désert dans sa jeunesse. Aujourd'hui, 7 800 logements y ont été construits, accompagnés d'une école, d'une jardinerie, d'une pharmacie, d'un cabinet d'infirmières et d'une supérette. « En gros, il y a trois pôles : la zone urbaine du Piol, le plateau du Righi et, trois ou quatre kilomètres plus loin, Saint-Pancrace. Entre ces trois pôles, il n'y a rien. Pour y accéder, il faut être véhiculé ou prendre les transports en commun », explique celui qui vient de quitter la présidence du comité de quartier.

Cette situation est commune aux collines de la « première ceinture », selon Laurent Lasry, coprésident de la section niçoise de la Fnaim et gérant de l'agence Inter immobilier Nice. Il désigne ainsi les collines situées à dix minutes en voiture du centre-ville : Cimiez, Gairaut, le mont Boron, Rimiez, Saint-Pierre-de-Féric, Saint-Roman-de-Bellet et même le haut du Parc Impérial. Ces quartiers offrent calme et vue panoramique, avec une desserte en transports en commun jugée correcte pour certains. « Je pense aux collines de l'ouest, à Cimiez, à Rimiez... Plus la colline est desservie, mieux c'est. Mais ce n'est pas déterminant. Les gens qui vivent et souhaitent acheter là-bas ont intégré le fait qu'ils doivent prendre la voiture », analyse Laurent Lasry.

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Des transports en commun améliorés grâce aux comités de quartier

Nathalie Dupont, présidente du comité de quartier Carabacel-Cimiez, tempère : « Les bus passent régulièrement en semaine, mais il en faut plus car ils sont pleins. » Pour les transports et le reste, les comités de quartier sont essentiels. « On s'est battus pendant 20 ans pour être bien desservis. Avant, seul un bus par heure reliait Pessicart au Parc Impérial, sans se caler sur les sorties d'école. Aujourd'hui, il y a un passage toutes les 20 minutes », se félicite Claude Giauffret. Le comité a aussi monté une association de gym qui compte une centaine d'adhérents.

À Saint-Roman-de-Bellet, Mireille Roux, présidente du comité de quartier Lou Belletan, porte l'animation de son « village » à bout de bras. « On loue un préfabriqué à la mairie pour le yoga, le Pilates... J'ai même demandé un petit jardin municipal, obtenu il y a six ans. Mais c'est moi qui l'ouvre et le ferme tous les jours », indique-t-elle. À 80 ans, elle fatigue. Elle a aussi obtenu une vingtaine de parcelles de jardin partagé, où les habitants peuvent se retrouver.

Un manque criant d'espaces publics et de lieux de vie

Les quartiers collinaires manquent de lieux de vie, de cafés. Ceux sans centre AnimaNice militent pour obtenir un clos de boules ou des jardins publics. « On se bat pour avoir des espaces publics », résume Claude Giauffret. À Cimiez, Nathalie Dupont déplore la fermeture du bureau de poste de la rue Sureau en 2022, malgré une pétition de 160 personnes. À Saint-Antoine-Ginestière, faute de banque, un tabac permet de retirer de l'argent moyennant une commission d'un euro.

Un retour des commerces, mais des contraintes fortes

Pour ouvrir un commerce, il faut un local avec stationnement à proximité, ce qui manque cruellement. « Des logements ont été construits aux alentours de 2020, sur la place centrale. Nous avions demandé l'installation de commerces en rez-de-chaussée mais ça n'a pas été respecté », regrette Jacques Seret, président du comité de quartier de Saint-Antoine-Ginestière. « Chez nous, les résidences sont en retrait, fermées par des grilles. Impossible d'y installer des commerces », ajoute Claude Lubrano, président du comité de quartier de Cimiez.

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Pourtant, des ensembles de petits commerces subsistent à des points précis, comme à Cap-de-Croix. « C'est là qu'il y a le meilleur fromager », sourit une riveraine. Laurent Lasry observe un retour des commerces dans les collines : « Avant, dans les années 80, on passait le dimanche à l'auberge ou au restaurant. Sauf rares exceptions, c'est fini. Ce sont les commerces de quartier, bien achalandés, avec de bons produits, qui font recette. Les gens n'y font pas leurs grosses courses mais ça dépanne. »

Nathalie Dupont cite en exemple l'« épicerie-salon de thé » ouverte en 2024 avenue des Arènes-de-Cimiez. Fabien Fassi a ouvert Maison Fassi fin 2024, en haut de la corniche Sainte-Rosalie. Au début, une seule pièce pour quelques produits d'épicerie, du pain et des viennoiseries, avec du café à emporter. « J'ai décidé de m'agrandir pour proposer plus de produits frais, de la boulangerie, du snacking... J'ai donc investi une pièce supplémentaire », indique-t-il. Une longue table permet aux clients de s'asseoir. Ce local était resté inoccupé deux ans. Fabien, qui vit dans le quartier, a été poussé par sa belle-mère. « Il fallait au moins du pain. Puis on m'a demandé de rajouter du lait, du jus de fruits, des condiments... donc j'ai diversifié. Je développe sans cesse », ajoute-t-il.

L'emplacement, un choix vital pour les commerces

Ouvrir un commerce ne se fait pas au hasard. « Investir, acheter un fonds... c'est difficile en ce moment. À titre d'exemple, ouvrir une boulangerie Multari, c'est un million d'euros d'investissements », détaille Joseph Multari. Le groupe en détient une sur l'avenue Cap-de-Croix, qui fonctionne bien grâce à l'absence de concurrence, un panier moyen intéressant et un bon emplacement. Une deuxième enseigne à Cimiez ? « Non. Dans un quartier comme celui-ci, les commerces de bouche doivent être dans le sens montant, avec du stationnement, car les clients s'arrêtent en rentrant du travail. Il ne faut pas être en dessous de la place du Commandant-Gérome ni au-delà de la clinique Saint-George... Je ne vois pas d'emplacement intéressant disponible », analyse le chef d'entreprise. Le groupe Multari regarde plutôt du côté de Saint-Antoine-Ginestière ou de Fabron, qui présente une typologie similaire à Cimiez tout en étant moins cloisonné.