Thomas Piketty : un impôt de solidarité nationale par référendum pour unir la gauche
Piketty propose un impôt de solidarité nationale par référendum

Dans une chronique publiée ce samedi 20 juin, l'économiste Thomas Piketty avance une proposition audacieuse pour sortir la gauche de l'impasse politique. Selon lui, la gauche doit proposer l'adoption par référendum d'un impôt de solidarité nationale (ISN) afin de clarifier ses positions et de rassembler ses forces.

Un impôt pour financer la transition écologique et sociale

L'ISN serait un impôt progressif sur les hauts revenus et les grandes fortunes, dont le produit serait affecté à la transition écologique, à l'éducation et à la santé. Piketty estime que cet impôt pourrait rapporter entre 30 et 50 milliards d'euros par an, soit l'équivalent de 1,5 à 2 points de PIB.

L'économiste précise que cet impôt concernerait les contribuables les plus aisés, ceux disposant de revenus supérieurs à 200 000 euros par an ou d'un patrimoine net supérieur à 2 millions d'euros. Il s'agirait d'un impôt temporaire, d'une durée de dix ans, renouvelable par référendum.

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Un référendum pour trancher le débat

Pour Piketty, le référendum est le seul moyen de trancher le débat sur la fiscalité qui divise la gauche. Il rappelle que la gauche a perdu les élections présidentielles de 2022 et 2027 en partie à cause de son incapacité à proposer une vision claire et unifiée en matière de justice fiscale.

« La gauche doit cesser de tergiverser et proposer un projet concret, soumis au vote des citoyens. L'impôt de solidarité nationale est un outil puissant pour financer les investissements nécessaires à la transition écologique et à la réduction des inégalités », écrit-il.

Les réactions politiques

La proposition de Piketty suscite déjà des réactions contrastées au sein de la gauche. Les partisans d'une ligne plus radicale, comme La France Insoumise, saluent l'initiative mais jugent l'ISN insuffisant. À l'inverse, certains socialistes modérés craignent que cette mesure ne soit trop clivante et ne nuise à la crédibilité de la gauche.

  • Jean-Luc Mélenchon (LFI) : « C'est une bonne base de discussion, mais il faut aller plus loin : un ISN à 100 milliards et un contrôle des banques. »
  • Olivier Faure (PS) : « L'idée est intéressante, mais le référendum est une arme à double tranchant. Il faut d'abord convaincre les Français. »
  • Marine Tondelier (EELV) : « Enfin une proposition concrète ! L'ISN doit être couplé à une réforme de la fiscalité écologique. »

Un précédent historique

Piketty s'inspire du précédent de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), créé en 1982 et supprimé en 2017. L'ISN serait une version modernisée, intégrant des critères écologiques et une progressivité renforcée.

L'économiste rappelle que la France est l'un des pays développés où la pression fiscale sur les plus riches est la plus faible, en raison de la multiplication des niches fiscales et de l'optimisation internationale. L'ISN viserait à corriger cette injustice.

Les modalités pratiques

Le référendum serait organisé dans les 18 mois suivant l'accord des partis de gauche. Si le « oui » l'emportait, l'ISN serait mis en place dès l'année suivante. Piketty propose que le taux soit fixé à 2 % pour les revenus entre 200 000 et 500 000 euros, à 5 % entre 500 000 et 1 million, et à 10 % au-delà.

Pour les patrimoines, le taux serait de 0,5 % pour les patrimoines entre 2 et 5 millions, 1 % entre 5 et 10 millions, et 2 % au-delà de 10 millions. Ces taux pourraient être ajustés chaque année par le Parlement, dans la limite d'un plafond fixé par référendum.

Les critiques

Les opposants à l'ISN dénoncent une mesure « confiscatoire » et « punitive » qui pousserait les plus riches à quitter la France. Piketty répond que les études montrent que l'exil fiscal est un phénomène marginal et que la plupart des contribuables concernés restent attachés à leur pays.

« Les riches ne sont pas des pigeons migrateurs. Ils ont des racines familiales, professionnelles et culturelles. L'ISN est un contrat social, pas une punition », argue-t-il.

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Un enjeu démocratique

Au-delà de la fiscalité, Piketty voit dans le référendum un moyen de revitaliser la démocratie française. Il estime que la gauche doit faire preuve d'audace et proposer des réformes de fond, plutôt que de se contenter de programmes technocratiques.

« La gauche doit retrouver le chemin du peuple. Le référendum est l'outil le plus direct pour associer les citoyens aux grandes décisions. C'est une question de confiance et de transparence », conclut-il.

La proposition de Thomas Piketty relance le débat sur la fiscalité et l'unité de la gauche. Reste à savoir si les partis de gauche parviendront à s'entendre sur un projet commun avant la prochaine échéance électorale.