La France est désormais le pays de la zone euro qui emprunte aux coûts les plus élevés, avec des taux à 10 ans supérieurs à 4,13 %, devant l'Italie (4,08 %) et loin devant la Grèce (3,95 %), l'Espagne (3,71 %) et le Portugal (3,60 %), selon le bulletin d'Euronext daté du 21 août. Cette situation inédite place l'Hexagone dans une position délicate, alors que la dette publique française doit être refinancée à des conditions nettement moins favorables qu'il y a une décennie.
Un refinancement coûteux pour l'État
Le coût de cette dégradation est concret : la dette de l'État a une maturité moyenne de 8,5 ans, et le Trésor doit désormais refinancer à 4,13 % des emprunts souscrits entre 0 % et 1 % il y a 8 à 10 ans. Autrement dit, chaque nouvelle émission obligataire se fait à un taux nettement supérieur à celui des anciennes dettes, ce qui alourdit mécaniquement la charge annuelle de la dette.
Cette hausse des taux intervient dans un contexte de tensions budgétaires, alors que le projet de loi de finances pour 2027 est dans le viseur des marchés. La France, qui figurait parmi les pays les plus solides de la zone euro, se retrouve désormais comparée aux nations méditerranéennes que l'on surnommait « PIGS » (Portugal, Italie, Grèce, Espagne) lors de la crise des dettes souveraines de 2010-2012.
Le ministre des Comptes publics évoque un « coup de semonce »
Sur RTL, David Amiel, le ministre des Comptes publics, a parlé d'un « coup de semonce » observé « dans le monde entier mais aussi malheureusement en France ». Il a appelé à un « compromis politique pour éviter le n'importe quoi budgétaire », des formules creuses, censées préserver les arbitrages prochains de Matignon sur le projet de loi de finances.
Mi-juillet pourtant, le même ministre se montrait plus explicite, à défaut d'être convaincant. Questionné à l'Assemblée nationale par Matthias Renault, le député RN de la Somme, il avait lancé : « Vous êtes le seul parti qui réussit à contribuer à la charge de la dette... sans gouverner. À chaque fois qu'un sondage vous est favorable, les taux d'intérêt augmentent. »
Des inquiétudes sur le coût des programmes politiques
Cette déclaration intervient alors que les marchés surveillent de près les engagements budgétaires des différents partis. On peut s'alarmer – à raison – du coût du programme de Marine Le Pen, en matière de retraites notamment, sans verser dans le fantasme qu'on prétend dénoncer. La charge de la dette, qui représente déjà un poste majeur du budget de l'État, risque de continuer à augmenter si les taux restent à ces niveaux élevés.
Les prochaines semaines seront décisives : le gouvernement doit présenter son projet de loi de finances, et les marchés attendent des signaux clairs sur la trajectoire budgétaire. Si la France ne parvient pas à rassurer, le coût de son endettement pourrait encore grimper, creusant un peu plus le fossé avec ses voisins européens.



