Six ans après la fin du statut, la SNCF face à des conditions sociales à deux vitesses
SNCF : conditions sociales à deux vitesses six ans après le statut

Six ans après la suppression du statut de cheminot pour les nouvelles recrues, la SNCF fait face à une réalité sociale à deux vitesses. Selon une enquête de Libération publiée ce 24 juillet, les écarts de conditions de travail et de rémunération se creusent entre les anciens agents, toujours protégés par le statut, et les nouveaux embauchés, soumis au droit commun.

Un statut historique aboli en 2018

La réforme ferroviaire de 2018, portée par le gouvernement d'Édouard Philippe, a mis fin au recrutement sous le statut de cheminot pour les nouvelles embauches à la SNCF. Ce statut, hérité de 1937, garantissait des avantages tels que l'emploi à vie, une retraite anticipée à 57 ans, et des primes spécifiques. Désormais, les nouveaux salariés sont engagés sous contrat de droit privé, avec des conditions alignées sur le secteur privé.

Environ 150 000 agents sont encore sous statut, mais leur nombre diminue progressivement avec les départs à la retraite. Les nouveaux embauchés, eux, représentent déjà plus de 30% des effectifs totaux, selon la direction de la SNCF.

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Des écarts de rémunération et de droits

Les différences sont notables. Un conducteur de train sous statut perçoit en moyenne 3 800 euros brut par mois, contre 2 900 euros pour un nouveau recruté. Les anciens bénéficient également de 28 jours de congés annuels, contre 25 pour les nouveaux, et d'une retraite à 57 ans au lieu de 62 ans. En outre, les primes de travail de nuit ou de week-end sont plus élevées pour les statutaires.

"C'est une fracture sociale au sein de l'entreprise", déplore un délégué syndical CGT cité dans l'enquête. "On a d'un côté des salariés avec des droits historiques, et de l'autre des jeunes qui débutent avec des conditions moins favorables, ce qui crée des tensions."

Des conséquences sur le dialogue social

Cette dualité complique le dialogue social à la SNCF. Les syndicats dénoncent une "précarisation" des nouveaux embauchés, tandis que la direction met en avant la nécessité de moderniser l'entreprise pour faire face à la concurrence. Selon la direction, le coût du travail a baissé de 15% pour les nouvelles recrues par rapport aux anciens, permettant à la SNCF de gagner en compétitivité.

"L'objectif est de préserver l'emploi et d'assurer la pérennité de l'entreprise dans un marché ouvert à la concurrence", explique un porte-parole de la SNCF. "Les nouveaux contrats sont adaptés aux réalités économiques d'aujourd'hui."

Un avenir incertain pour l'unité sociale

À terme, la coexistence de deux régimes sociaux interroge sur l'unité de l'entreprise. Les syndicats redoutent une dégradation des conditions de travail pour l'ensemble des salariés, tandis que la direction assure que les droits des statutaires restent garantis jusqu'à leur départ.

"Le statut est un acquis, mais il ne doit pas servir à justifier des inégalités entre générations", estime un syndicaliste. "Il faut trouver un équilibre pour que tous les cheminots, anciens et nouveaux, se sentent reconnus."

Selon l'enquête, la SNCF emploie aujourd'hui environ 260 000 salariés. La part des agents sous statut devrait tomber à 50% d'ici 2030, accélérant la transition vers un modèle unique de droit privé. Un défi pour la cohésion sociale de l'entreprise publique.

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