Le Sénat américain a adopté le 8 août un texte permettant de bloquer le projet controversé de l'administration Trump visant à refondre l'allocation des budgets de recherche, mais la menace plane toujours. Selon L'Express, les scientifiques américains, par crainte de représailles, s'auto-censurent de plus en plus, refusant de s'exprimer sur des sujets sensibles comme le genre ou les inégalités.
Un projet de réforme bloqué, mais pas écarté
Le monde de la recherche avait été sidéré par les nouvelles règles s'appliquant aux demandes de financement des scientifiques américains. Il était impossible d'écrire des mots faisant référence au genre, à l'orientation sexuelle, à la justice sociale ou encore aux inégalités hommes-femmes, sous peine de voir les crédits refusés. Plus récemment, l'administration Trump a dévoilé une proposition visant à conditionner l'allocation des budgets "au respect des priorités du président".
Avec cette réforme, les dossiers présentés par les équipes de chercheurs ne seraient plus examinés par d'autres scientifiques, comme c'était le cas jusqu'ici, mais par des responsables politiques qui superviseraient les décisions des agences de financement. Le Sénat a adopté le 8 août un texte permettant de bloquer ce projet, mais il ne s'agit que d'une première étape dans le processus complexe qui doit aboutir dans les mois à venir à fixer le prochain budget des États-Unis.
Une auto-censure généralisée chez les chercheurs
Interrogés par L'Express, de nombreux chercheurs américains refusent de s'exprimer sur Donald Trump ou sur la politique menée par la nouvelle administration en matière de recherche. "Je serai ravi de répondre à vos questions, mais à la seule condition de ne pas m'interroger sur Donald Trump, ni sur la politique menée par la nouvelle administration, en particulier en matière de recherche", a indiqué l'entourage d'un scientifique sollicité pour un article.
Cette réponse est de plus en plus fréquente, y compris de la part de personnalités que l'on aurait crues intouchables. Certains acceptent de parler sous couvert de l'anonymat ou "en off", quand d'autres refusent de s'exprimer sur le cœur de leurs travaux, s'ils ont la malchance de compter parmi les obsessions trumpiennes (genre, inégalités...).
La crainte de perdre des subventions
Tous partagent la même crainte : déplaire au pouvoir en place et voir d'une façon ou d'une autre leurs subventions suspendues ou supprimées. Un comble, alors que le vice-président américain J.D. Vance avait sévèrement critiqué en février 2025 les gouvernements européens lors de son discours de Munich, les accusant de museler la liberté d'expression.
Cette situation illustre la pression croissante exercée sur la communauté scientifique américaine, qui doit naviguer entre conformisme et peur des représailles, alors que le budget fédéral de la recherche reste en jeu.



