Près de 2000 chercheurs et personnels de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) ont signé une tribune publiée dans Libération pour s'opposer au projet d'absorption de leur institut par le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Ils estiment que cette fusion mettrait en péril la recherche dédiée aux pays du Sud et aux enjeux de développement.
Un projet de fusion contesté
Le gouvernement français envisage de fusionner l'IRD avec le CNRS dans le cadre de la réforme de la recherche publique. Selon les signataires, cette absorption entraînerait une perte d'identité et de spécificité pour l'IRD, dont la mission principale est de mener des recherches en partenariat avec les pays en développement. « L'IRD est un acteur clé de la recherche sur les grands défis mondiaux : changement climatique, biodiversité, santé globale, sécurité alimentaire », rappellent-ils.
Une spécialisation menacée
Les chercheurs soulignent que l'IRD possède une expertise unique dans les domaines de la recherche interdisciplinaire et de la coopération scientifique avec les pays du Sud. « Notre institut a développé des approches originales, alliant sciences exactes et sciences humaines, pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables », explique une chercheuse de l'IRD. L'absorption par le CNRS, un organisme généraliste, risquerait de diluer cette spécificité et de réduire l'efficacité des programmes de recherche.
Des conséquences pour les partenariats internationaux
La tribune met également en garde contre les conséquences diplomatiques de cette fusion. L'IRD entretient des relations de longue date avec des institutions de recherche dans plus de 50 pays, principalement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. « Ces partenariats sont fondés sur une confiance mutuelle et une reconnaissance de notre expertise. Les changer de nature risquerait de compromettre des décennies de travail », affirme un chercheur de l'IRD.
Un appel à la concertation
Les signataires demandent au gouvernement d'organiser un débat public et une concertation approfondie avant toute décision. Ils proposent également de renforcer les synergies entre l'IRD et le CNRS sans pour autant fusionner les deux institutions. « Nous ne sommes pas opposés à la collaboration, mais nous voulons préserver l'indépendance et la spécificité de l'IRD », conclut la tribune.
Un précédent inquiétant
Les chercheurs rappellent que des tentatives similaires de fusion dans le passé ont conduit à des pertes de compétences et de capacités de recherche. « En 2019, la fusion de l'INRA et d'IRSTEA a donné naissance à INRAE, mais certains domaines de recherche ont été affaiblis », cite un signataire. Ils craignent que l'absorption de l'IRD par le CNRS ne produise les mêmes effets.
Un enjeu pour la recherche française
Au-delà de l'IRD, c'est la place de la France dans la recherche mondiale qui est en jeu. « La France est reconnue pour son excellence en recherche sur le développement. Si nous perdons cette expertise, nous risquons de nous marginaliser », avertit un chercheur. Les signataires appellent donc à une prise de conscience politique et à un soutien renforcé à la recherche dédiée aux pays du Sud.



