La société de développement de jeux vidéo montpelliéraine Midgar Studio, créée à Nîmes en 2008 par Jérémy Zeler-Maury et installée à Montpellier depuis 2022, traverse une période de fortes turbulences. Placée en redressement judiciaire au début du mois de juin, elle recherche urgemment un repreneur. Cette mauvaise passe survient alors que le studio s’apprête à présenter officiellement son nouveau jeu, Edge of Memories, sur lequel son équipe de 27 salariés travaille depuis des mois après le succès de Edge of Eternity sorti en 2021.
Une société mère elle-même en difficulté
Cette situation intervient après la mise en redressement judiciaire de sa société mère, Nacon, basée près de Lille. Le troisième éditeur français de jeux vidéo avait racheté l’entreprise montpelliéraine en 2022. Une autre filiale du groupe, Nacon Tech, spécialisée dans la capture de mouvement et implantée à Castelnau-le-Lez, a été liquidée à la fin du mois d’avril. Ces défaillances en cascade illustrent la crise profonde que traverse le secteur national du jeu vidéo.
Des problèmes de management dénoncés
Avant même le placement en redressement, plusieurs salariés avaient alerté sur un mode de gouvernance et un management inadaptés. En l’espace de 18 mois, après le rachat par Nacon, le studio qui comptait trente-cinq salariés a enregistré cinq licenciements et huit départs volontaires. Plusieurs procédures aux prud’hommes sont en cours à la suite de licenciements pour faute grave contestés.
« Dans un secteur très concurrentiel pour avoir un travail, ce n’est pas anodin que des gens s’en aillent sans parachute. Cela donne une idée », observe Gérard (1), l’un des licenciés. « Moi, j’ai une procédure en cours. On avait avant tout à cœur le projet et pas nos intérêts personnels. Mais aujourd’hui c’est aussi la voix de la souffrance des autres qui m’anime. Il y a des jobs à la clé », explique un autre ancien salarié.
« Les gens se sont fait virer car ils ont usé de leur liberté d’expression. On est face à une direction qui surprotège les décisions du patron fondateur même si on leur explique techniquement qu’elles sont mauvaises », reprend Gérard, également en contentieux avec le studio après son départ il y a quelques mois.
Un absentéisme reproché au CEO
Ces salariés reprochent particulièrement à Jérémy Zeler-Maury, qui occupe les fonctions de CEO, directeur créatif et responsable de la programmation chez Midgar Studio, ainsi que de CTO du groupe Nacon, un absentéisme important et « un détachement » dans la conduite du projet Edge of Memories. En janvier 2024, une lettre ouverte avait été adressée à la direction pour réclamer que « l’équipe ne soit pas livrée à elle-même, qu’il y ait un lead ». Une demande de davantage de ressources humaines qui n’a pas été comblée, les relations avec l’équipe de direction, les ressources humaines et la direction des opérations s’étant tendues.
« C’était peut-être la plus dure pour eux », confie un salarié actuel. « Moi, je fais profil bas mais c’est compliqué de garder une ambiance correcte avec tout ce qui se passe. J’essaie d’être conciliant. Il y a un véritable vrai gros problème dans l’entreprise, la manière dont le patron est protégé, se protège lui-même », déplore Jean, toujours dans les effectifs. « Aujourd’hui c’est une ambiance de conflit, de tension. Tout le monde attend une sorte de justice, un peu de logique mais je vois des personnes qui marquent leur détresse », poursuit-il.
Des témoignages de souffrance
« J’ai été dégoûté du milieu du jeu vidéo », confie Thibault, licencié et en procédure contentieuse. « J’ai été dans un état lamentable au moment de la rupture. Je ne suis pas le seul. » Philippe, lui aussi licencié, déplore : « Jérémy Zeler-Maury s’en sort systématiquement avec l’empathie de tous à l’extérieur mais il y a de la souffrance sur laquelle il ferme les yeux. »
Les uns et les autres assurent ne pas parler « par esprit de vengeance » et souhaitent la poursuite de l’activité de Midgar. « C’est un studio qui a beaucoup de talents, de compétences. Mais qui ne sont pas utilisés à leur juste valeur. »
Sur son compte LinkedIn, Jérémy Zeler-Maury a lui-même vanté « une équipe complète et hautement talentueuse : artistes, ingénieurs, animateurs, producteurs, designers, concepteurs sonores et compositeurs, avec une véritable expertise en production de consoles AA », dans un message destiné à d’éventuels acquéreurs.
(1) À la demande des intéressés, l’ensemble des prénoms ont été modifiés. (2) Sollicité, Jérémy Zeler-Maury n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.



