Samedi 8 août, Tesnim, 17 ans, a été victime d'une agression raciste alors qu'elle était attablée en terrasse du bar La Rhumba, dans le centre-ville de Caen (Calvados). Selon France 3 Normandie, une femme l'a d'abord insultée, puis lui a craché au visage. La scène, filmée par la victime, a été largement partagée sur les réseaux sociaux.
Des insultes et un crachat au visage
« Elle m'a traité de 'pute', de 'salope', de 'sale arabe de merde', m'a dit de 'retourner dans mon pays' avant de finir par me cracher au visage », raconte Tesnim. La jeune femme était accompagnée de deux amies au moment des faits. Un serveur de l'établissement est intervenu pour éloigner l'agresseuse et prendre la défense de l'adolescente, comme le montre la vidéo diffusée sur X (anciennement Twitter).
Dans la séquence, on voit la femme, visiblement énervée, être retenue par un membre du personnel, tandis que Tesnim filme la scène. La victime explique avoir eu recours à son téléphone par nécessité : « Et ce qui est malheureux, c'est qu'on est obligé de filmer pour être crues. Moi, je n'en peux plus des insultes racistes, cela arrive tout le temps envers ma communauté. C'est un déferlement de haine », confie-t-elle à nos confrères de France 3.
Une militante communiste témoigne d'un climat délétère
Jeune militante communiste, Tesnim déplore une « libération de la parole raciste » dans la ville de Caen, où elle juge ces agressions « presque ordinaires ». Son témoignage a suscité une vague d'indignation, notamment sur les réseaux sociaux, où la vidéo a été visionnée des milliers de fois.
L'agression a eu lieu dans un quartier animé, en pleine journée, ce qui interroge sur la sécurité des personnes racisées dans l'espace public. Selon un rapport du ministère de l'Intérieur publié en 2025, les actes racistes ont augmenté de 12 % en France, avec une hausse particulièrement marquée dans les villes moyennes.
Emma Foureau saisit le procureur
Emma Foureau, députée européenne de La France insoumise et originaire du Calvados, a annoncé saisir le procureur de la République. « Tout mon soutien ! Les propos et agressions racistes n'auront jamais leur place ni à Caen, ni ailleurs. On ne laissera rien passer : je saisis le procureur de la République par un signalement article 40 », a-t-elle écrit sur X, en partageant la vidéo de l'agression.
L'article 40 du code de procédure pénale oblige toute autorité constituée à signaler au procureur les crimes ou délits dont elle a connaissance. Cette saisine pourrait déboucher sur l'ouverture d'une enquête pour injures raciales et violences volontaires.
Une affaire qui relance le débat sur le racisme ordinaire
Cette agression intervient dans un contexte de multiplication d'incidents racistes en France. Le mois dernier, un homme avait proféré des propos racistes avec le micro de BFMTV en main, et des chants racistes avaient été entendus lors d'une féria, entraînant la saisine de la justice. Plus récemment, une foule avait semblé faire des saluts nazis en pleine rue, provoquant l'ouverture d'une enquête par le parquet.
Pour Tesnim, cette affaire est emblématique d'un racisme banalisé. « Ce n'est pas un cas isolé, c'est un quotidien pour beaucoup de gens », insiste-t-elle. Son courage et sa décision de filmer ont été salués par de nombreux internautes, qui y voient un acte de résistance face à la haine.
La police nationale du Calvados n'a pas encore communiqué sur l'ouverture d'une enquête. Contacté, le parquet de Caen n'a pas souhaité faire de commentaire dans l'immédiat. L'agresseuse présumée, elle, n'a pas été interpellée à ce stade.



