À l'été 2013, Markus Villig, tout juste 19 ans et diplôme en poche, arpentait les stations de taxis de Tallinn, la capitale estonienne. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce jeune homme sans permis de conduire ne cherchait pas une course. Son objectif était tout autre : recruter des chauffeurs pour sa nouvelle application, mTakso, qui deviendrait plus tard Bolt.
Un argumentaire simple mais efficace
Le discours de Villig était d'une simplicité désarmante : « Téléchargez ma pastille, vous serez payés à la course ». Cette approche rappelait étrangement celle d'Uber, le géant américain qui, depuis trois ans, étendait son emprise sur le marché mondial des transports. Pourtant, Villig n'avait ni l'expérience ni les ressources de son concurrent. Il misait sur une connaissance intime du marché local et une détermination sans faille.
Selon des sources proches de l'entreprise, Villig a personnellement convaincu les premiers chauffeurs en leur promettant des revenus immédiats et une flexibilité totale. « À l'époque, les taxis traditionnels étaient chers et peu fiables. Les chauffeurs cherchaient une alternative », explique-t-il dans une interview ultérieure. En quelques semaines, mTakso comptait une cinquantaine de conducteurs, un nombre modeste mais suffisant pour lancer le service.
De mTakso à Bolt : une croissance fulgurante
L'application a rapidement gagné en popularité en Estonie, puis dans les pays baltes voisins. En 2014, elle change de nom pour Bolt, un terme plus accrocheur et international. La croissance a été exponentielle : en 2018, Bolt était présent dans 30 pays et comptait plus de 25 millions d'utilisateurs. Aujourd'hui, l'entreprise est valorisée à plusieurs milliards d'euros et concurrence Uber sur son propre terrain, notamment en Afrique et en Europe.
Markus Villig est devenu l'un des plus jeunes milliardaires d'Europe, mais il reste discret sur sa fortune. « Le succès de Bolt repose sur une compréhension profonde des besoins des chauffeurs et des passagers », a-t-il déclaré lors d'une conférence à Tallinn. « Nous avons commencé avec rien, juste une idée et beaucoup de persévérance. »
Un modèle qui a fait ses preuves
Le modèle économique de Bolt est similaire à celui d'Uber : une commission prélevée sur chaque course, des tarifs dynamiques et une mise en relation via une application. Cependant, Bolt se distingue par une approche plus locale et des tarifs souvent inférieurs. En Afrique, par exemple, Bolt propose des services de transport en moto, adaptés aux infrastructures locales. Cette flexibilité a permis à l'entreprise de gagner des parts de marché là où Uber peinait à s'imposer.
Selon les chiffres de l'entreprise, Bolt a réalisé plus de 2 milliards de trajets depuis sa création. En 2022, son chiffre d'affaires a atteint 1,5 milliard d'euros, en hausse de 50 % par rapport à l'année précédente. Ces résultats témoignent de la résilience de l'entreprise face à la concurrence et aux défis réglementaires.
Un parcours semé d'embûches
Le chemin n'a pas été sans obstacles. En 2015, Bolt a été confronté à une interdiction temporaire en Estonie en raison de plaintes de taxis traditionnels. Villig a dû négocier avec les autorités pour obtenir une licence. « Nous avons dû prouver que nous respections les règles et que notre service était sûr », a-t-il raconté. Cette expérience a renforcé la détermination de l'équipe à travailler en collaboration avec les régulateurs.
Aujourd'hui, Bolt est présent dans plus de 45 pays et 500 villes. L'entreprise diversifie ses activités avec Bolt Food (livraison de repas) et Bolt Drive (location de voitures). Markus Villig, désormais âgé de 31 ans, continue de diriger l'entreprise avec une vision : « Rendre les villes plus accessibles et réduire la dépendance à la voiture individuelle. »



