David Cozette, ancien journaliste sportif de 50 ans, connu pour avoir commenté le basket sur Eurosport, Canal+ et la chaîne L'Équipe pendant plus de vingt-cinq ans, a pris une décision radicale : quitter la région parisienne et son métier pour racheter un hôtel-restaurant sur une plage du Var, près de Toulon. Cinq jours après l'ouverture, la France se confinait pour la première fois face à l'épidémie de Covid. S'ensuit un burn-out qu'il a mis du temps à reconnaître, suivi d'une succession de galères financières et d'imprévus. Malgré tout, l'établissement a connu le succès pendant quatre ans avant qu'il ne le revende pour revenir au basket, puis à la restauration. Il livre son témoignage dans le podcast "Anatomie d'une décision" et dans son livre "L'Hôtel du bord de mer" (City Edition, 2026).
Un projet né de l'inconscience et de l'idéalisation
Interrogé par L'Express, David Cozette explique ce qui l'a poussé à sauter le pas : "Depuis vingt-cinq ans, je voyais les droits télé du basket passer de chaîne en chaîne tous les deux ou trois ans. Je me disais qu'un jour, un directeur qui récupérerait les droits finirait par me dire : 'Bon, écoute, ça fait vingt-cinq ans qu'on t'entend, j'ai envie de sang neuf.' On s'est dit avec ma femme qu’on avait envie d'avoir une affaire à nous." L'élément déclencheur a été l'exemple d'un joueur de basket dont il a commenté toute la carrière et qui a racheté un hôtel au Lavandou, dans le Var, où sa famille passait tous ses étés. "Le voir évoluer dans cet univers-là, voir ses difficultés, ses joies... J'ai très vite idéalisé cela et je me suis dit pourquoi pas moi ? Nous n'avons compris qu'après coup que c'était vraiment de l'inconscience."
L'importance cruciale de l'entourage et des conseils
David Cozette insiste sur le rôle essentiel de son entourage, surtout quand on ne connaît rien à l'entrepreneuriat. "J'étais incapable de lire un bilan !" avoue-t-il. Son père, avocat fiscaliste à la retraite, l'a beaucoup conseillé. Un expert-comptable, ami de son père, a préparé les business plans. Un ami d'enfance, haut cadre dans une banque, l'a conseillé sur l'aspect économique, lui disant : "Vous pouvez proposer tant pour reprendre cette société, mais au-delà, ça ne passera pas." Cet ami l'a accompagné tout au long du projet, notamment face à l'avocat des vendeurs avec qui les relations étaient tendues.
Des obstacles juridiques et un désespoir surmonté
Le projet a failli capoter à cause d'un avocat qui a mis des bâtons dans les roues. David Cozette raconte : "Pour éviter qu'on souffre à deux, il m'arrivait de quitter l'appartement où nous avions déménagé pour aller vivre mon désespoir seul dans les rues d'Hyères. C'était un vrai désespoir." La famille avait déjà vendu sa maison, déménagé dans le Sud et scolarisé leur deuxième fille, sans avoir encore l'hôtel. Il se sentait coupable envers sa femme, qui le rassurait : "Cette décision, nous l'avons prise à deux, ne t'inquiète pas." Finalement, l'avocat s'est fait "border" et la vente s'est conclue. "Quand je l'ai appris, je n'y croyais pas tellement je pensais que ça n'allait pas se faire. C'était assez miraculeux."
Le burn-out : une fatigue intense et un craquage
Peu après la réouverture en juin, David Cozette s'est retrouvé incapable de se lever un matin, prostré sur son lit. Le burn-out venait d'une énorme fatigue : avec le Covid, l'équipe n'était pas entièrement constituée, et la reprise a été brutale. "Nous avons vécu une reprise comme si c'était un 15 août, une vraie essoreuse, mais avec une moitié d'équipe qui n'était pas rodée." Il se levait à 6 heures pour aller chercher les viennoiseries, gérait les soucis toute la journée et terminait à 1 heure du matin, sept jours sur sept. "Quand vous rajoutez le stress intense à cette énorme fatigue, à la fin, je voyais tout en noir et j'ai fini par craquer."
Sortir du burn-out grâce à un psychiatre
Deux jours après son craquage, il a consulté un psychiatre qui lui a prescrit des médicaments. "Le temps que cela fasse effet : au bout de dix jours ça allait un peu mieux." Il a tenu le reste de l'été, puis quand la pression est retombée après la haute saison, il a réussi à récupérer, a stoppé son traitement et a continué.
Le parcours du combattant pour obtenir un prêt
Pour financer le rachat, David Cozette a dû essuyer six refus de banques avant d'obtenir un prêt à la septième. "Si toutes les banques nous ont rejetés, et parfois, je vous assure que les rendez-vous duraient à peine dix-sept secondes, c'est parce que nous n'étions pas des professionnels de l'hôtellerie-restauration." Il explique que c'est un milieu très difficile, avec des dépôts de bilan chaque semaine. "A posteriori, je peux comprendre que les banques, qui ne regardent que les chiffres, se disent qu'une personne sans expérience a davantage de chances de se planter." La dernière banque qui a accepté de les suivre était celle où travaillait son ami banquier, qui a sans doute fait jouer son réseau.
Conseils aux futurs entrepreneurs et leçons apprises
Son conseil : "Soyez pugnace, patient et persévérant. C'est presque un miracle que nous ayons pu aller au bout de cette aventure." Après quatre ans de succès, il a revendu l'hôtel pour revenir au basket, puis a repris la direction d'un restaurant en région parisienne. Avec le recul, il regrette : "J'aurais gardé mon hôtel. Parce qu'au final, je l'ai revendu en oubliant les raisons pour lesquelles je l'avais acheté."



