Le conflit s'intensifie entre les commerçants du centre commercial de Fontvieille et les élus du Conseil national de Monaco. Par communiqués de presse interposés, les deux parties s'opposent sur l'avenir du site, inauguré en 1992 et aujourd'hui vétuste, alors que des travaux d'embellissement de 4,3 millions d'euros sont en cours jusqu'en décembre 2026, en attendant un projet de restructuration estimé à 400 millions d'euros.
Des travaux de transition et un projet pharaonique
Depuis plusieurs mois, les usagers du centre commercial de Fontvieille (CCF) évoluent sous les échafaudages et les plafonds démontés. Le gouvernement princier a engagé des travaux de modernisation pour un montant de 4,3 millions d'euros, qualifiés de « ripolinage » par certains, afin de maintenir à niveau un site dont la vétusté ne fait plus débat. Ces travaux ne sont qu'une étape avant le projet de restructuration d'envergure, dont le coût est estimé à 400 millions d'euros, bien loin des 700 millions initialement prévus pour un « mall à l'américaine ».
Les ambitions ont été revues à la baisse, et la Principauté ne semble plus vouloir concurrencer les centres commerciaux des Alpes-Maritimes comme Cap 3000 ou Nice Étoile. Surtout, les relations entre l'État et la Ceïba (ex-Socri), l'opérateur du centre, ont été renégociées début 2026. Le ministre d'État Christophe Mirmand a indiqué fin juillet vouloir « transférer de l'État vers l'opérateur une part beaucoup plus significative du coût de cette opération », avec la perspective, à l'échéance du contrat, que l'État recouvre la pleine propriété du foncier et du centre commercial.
Le Conseil national presse le gouvernement
Les discussions sont toujours en cours, mais un début des travaux est espéré pour 2028-2029. Le Conseil national, longtemps en désaccord avec le gouvernement sur ce dossier, soutient désormais le projet. Corinne Bertani, vice-présidente de la Commission des Finances et de l'Économie nationale, a déclaré le 1er août : « Il est temps d'avancer pour doter Monaco d'un centre commercial digne de son image. » Les élus demandent une finalisation des accords avec l'opérateur d'ici les prochaines séances budgétaires.
Mais le Conseil national semble désormais en froid avec les commerçants, en particulier avec Philippe Clerissi, président du Groupement d'intérêt économique (GIE) du CCF. Dans un communiqué, les élus lui reprochent des « revirements de positions ». Thomas Brezzo, président du Conseil national, a déclaré : « Rappelons qu'il a plébiscité publiquement le projet démolition/reconstruction par le passé à de multiples reprises. On peut donc légitimement s'interroger sur la posture qu'il manifeste aujourd'hui. »
Les commerçants répondent
Le GIE a répliqué le 4 août, dénonçant des « attaques personnelles » contre Philippe Clerissi. Dans un communiqué soumis à l'approbation des commerçants, le GIE affirme : « Les commerçants n'ont jamais changé de position, c'est le projet lui-même qui a profondément évolué. » Le GIE s'oppose à la destruction-reconstruction, qui entraînerait « la fermeture de ce lieu de vie pendant 3 ans minimum, la mise en arrêt définitive de toutes les activités (hors Carrefour et la pharmacie), un bilan social de plus de 200 licenciements ».
Pour le GIE, le désaccord porte sur « le modèle économique retenu ». L'organisation craint une perte de souveraineté au profit d'une société privée française, avec des loyers élevés qui empêcheraient l'installation de jeunes monégasques, et un impact dévastateur sur les autres quartiers commerçants, notamment la Condamine. Le GIE réclame un « débat approfondi » sur la pertinence économique du projet et défend une solution alternative : rénovation complète du bâtiment, intégration des espaces occupés par les musées et l'Espace Léo Ferré, cinémas, offre renforcée de restauration, climatisation, et surtout « l'évitement d'une démolition totale du site ».
Le GIE assure être soutenu par l'Union des commerçants et artisans de Monaco et des représentants des quartiers commerçants. Le conflit est donc loin d'être résolu, alors que l'avenir du centre commercial de Fontvieille reste en suspens.



