Digital College, école supérieure privée de communication et marketing, a annoncé fermer définitivement ses portes le 31 mai prochain pour liquidation judiciaire, laissant près de 3 000 étudiants dans le flou quant à l’obtention de leur diplôme et le suivi des derniers cours de l’année. Fondée en 2015, l’école présente sur l’Hexagone, en Outre-mer et en Afrique avait vu les choses en grand pour vendre aux jeunes ce rêve de réussite à l’américaine.
Des soirées tape-à-l'œil mais un quotidien difficile
Depuis plusieurs années, chaque rentrée est marquée par un événement appelé le « kick off », où ont été invités tour à tour le rappeur Niska, le chanteur Franglish, ou le groupe Triangle des Bermudes. Mais aussi le sulfureux Oussama Ammar, la journaliste rap Juliette Fievet ou encore le cofondateur de l’école Ridouan Abagri. Chacune de ces interventions est largement relayée et commentée sur les réseaux sociaux, offrant un important coup de projecteur à l’établissement. « Le but était de montrer aux étudiants qu’ils pouvaient atteindre le même niveau de succès que ces invités, qu’on pouvait venir de quartier et réussir. Ils leur vendaient des paillettes, mais le reste ne suivait pas », analyse Élodie, avocate et ancienne intervenante sur le campus de Nanterre.
Des révélations explosives
En avril 2025, une enquête de Mediapart révèle que Ridouan Abagri, le cofondateur de Digital College, se serait servi dans les caisses de la structure pour payer 534 000 euros de cartes Pokémon et financer son mariage à hauteur de 49 331,60 euros. Auprès du média d’investigation, celui qui se présente comme « l’un des plus gros collectionneurs de France », assure que l’achat des cartes était un « investissement stratégique » pour l’école. Malgré cette tentative de justification, l’affaire pousse Ridouan Abagri vers la sortie. « Lors de la remise des diplômes, qui avait le lieu le lendemain de la publication de l’article, il a refusé de monter sur scène pour faire son discours habituel. La semaine d’après, il a quitté notre groupe WhatsApp de travail, puis on ne l’a plus jamais revu entre les murs », retrace Julie, membre de l’équipe pédagogique.
Des cours de qualité médiocre
De leur côté, les étudiants se plaignent d’un manque de transparence sur les affaires en cours et d’une qualité d’enseignement médiocre. « Dès la deuxième année, les cours sont devenus catastrophiques », assure Manon, entrée à Digital College Nanterre en 2023 pour un mastère « start-up et e-commerce ». « Au début, on nous disait qu’on allait nous aider à créer nos entreprises, qu’un concours serait organisé pour remporter 10 000 euros et nous aider à nous lancer », rembobine l’ancienne élève. « Au final, nos cours ressemblaient plutôt à du développement personnel. On nous disait d’écrire nos projets sur un bout de papier pour qu’ils se réalisent. C’était ridicule, ça sentait l’arnaque », poursuit la Montpelliéraine, encore remontée.
Pire encore, au milieu de l’année la spécialisation « start-up et e-commerce » disparaît sans que les élèves en soient informés et les cours changent. La jeune femme obtient tout de même son diplôme, mais peine ensuite à trouver du travail. « Pendant des mois, je n’ai reçu que des refus. Je n’avais aucun projet à présenter quand je candidatais, et le nom de Digital College n’était pas rassurant pour un employeur », juge celle qui souhaite désormais passer les concours de la fonction publique.
Des professeurs qui disparaissent
Dans la promotion de Sarah, étudiante en mastère 2 « management et stratégie marketing » au campus de Nanterre, certains professeurs ont tout simplement disparu en cours d’année. « À partir du mois de janvier (2026), certains ont complètement arrêté de venir, sans être remplacés. On entendait des bruits de couloir disant qu’ils n’étaient plus payés, relate-t-elle. On s’est retrouvé avec des matières sans aucune note, des devoirs commencés que l’on a jamais pu terminer. Je ne sais pas comment on va pouvoir avoir notre diplôme. »
Des enseignants et intervenants impayés
Sur LinkedIn, un groupe nommé « Collège de Paris (le groupe dont fait partie Digital College), payez-nous » rassemble 66 personnes confrontées à des retards ou des absences de paiement. Parmi eux, Éric, intervenant sur le campus de Nice d’avril 2025 à mars 2026, qui affirme que Digital College lui doit 4 500 euros. « Chaque fois que je les relançais, on me disait que ça allait arriver, que mes demandes étaient transmises à Paris. Puis quand j’ai insisté, tous les cours que je devais donner jusqu’en juin ont été annulés. Je n’ai pas été prévenu, je l’ai appris en consultant l’intranet », témoigne ce gérant d’une start-up. Malgré une mise en demeure envoyée fin mars, Éric n’a toujours pas reçu l’argent qui lui est dû. « J’ai l’impression d’avoir été volé. Au-delà des 4 500 euros, j’estime qu’il y a un préjudice moral, j’ai été abusé. Cette histoire m’a vraiment rongé », confie-t-il.
Michèle, salariée dans le marketing, avait elle aussi été démarchée pour intervenir auprès des étudiants de Digital College Nice courant 2026. « Je viens de Paris, donc on m’avait demandé d’avancer les frais de déplacement. C’est ce que j’ai fait. Mais quelques jours avant la date des cours, on m’a annoncé qu’ils étaient annulés. Lorsque j’ai demandé à être remboursée pour les billets de train et les jours que j’ai dû poser dans mon entreprise, je n’ai plus eu aucune nouvelle », retrace-t-elle. Au total, 1 200 euros de perdus.
D’autres ont finalement réussi à être payés, après de longs mois de bataille. C’est le cas d’Élodie, intervenante en droit, à qui Digital College devait 15 000 euros jusqu’en février 2025. « Pendant quelques mois, je n’ai pas pu payer mon crédit immobilier et mon compagnon a dû prendre le relais », se désole-t-elle.
Un manque de communication persistant
Depuis l’annonce de la fermeture de Digital College fin avril, le manque de communication continue de régner en maître. D’après nos informations, certains campus comme Paris ou Strasbourg ont bien été informés de la situation lors de réunion avec la direction. Mais d’autres, comme Marseille, attendent toujours de savoir comment va se dérouler la fin de l’année scolaire. Contactés par Le Parisien, Digital College, le Collège de Paris, et Ridouan Abagri n’ont pas répondu à nos sollicitations.



