Le SNPPE (Syndicat national des professionnels de la petite enfance) a officiellement saisi le Premier ministre pour demander une mission d'enquête nationale sur le groupe People & Baby, ainsi qu'un moratoire sur les futurs agréments et la mise sous administration provisoire des structures où la sécurité des enfants n'est pas garantie. Cette demande fait suite à la fermeture de deux crèches People & Baby à Villejuif après des signalements de violences physiques, de propos racistes et de faits d'attouchement sexuel.
Des affaires toujours nombreuses
Depuis 2022, le syndicat a recensé au moins 24 affaires concernant 25 établissements des groupes privés lucratifs de crèches, dont Maison bleue, Baby Lou, Les Petits Chaperons rouges et People & Baby. En mars dernier, dans une crèche People & Baby de l'Oise, un enfant de 21 mois a été récupéré par ses parents avec 2,14 grammes d'alcool dans le sang.
Cyrille Godfroy, co-secrétaire général du SNPPE, reconnaît des réformes dans les missions de contrôle, mais déplore que depuis 2023, seul le groupe La Maison bleue ait fait l'objet d'un contrôle de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales). Il s'étonne que People & Baby, déjà dans la tourmente après le drame de Lyon, ne soit toujours pas contrôlé.
Un drame qui a marqué les esprits
Le 22 juin 2022, un bébé de 11 mois est décédé dans une micro-crèche de Lyon après avoir ingéré de la soude caustique versée par une employée excédée. L'employée, passée aux aveux, a été condamnée en appel à trente ans de réclusion criminelle, dont quinze ans de sûreté. Ce drame avait choqué la France entière, d'autant que le livre enquête Les ogres de Victor Castanet (Flammarion, 2024) avait démonté le système de ces grands groupes de crèches privés abaissant les coûts.
Deux ans plus tard, rien n'aurait pourtant changé en profondeur, dénonce le SNPPE. Le syndicat envisage, faute de réponse de Matignon, d'utiliser une autre stratégie en s'appuyant sur un cadre juridique.
Une pénurie de 13 000 postes
Le gouvernement avait modifié la réglementation en micro-crèche en avril dernier, pour une application au 1er septembre. Mais la Fédération française des entreprises de crèches a déposé un recours au Conseil d'État, qui lui a donné raison, affirmant que les crèches étaient dans l'impossibilité de recruter le personnel requis.
« On aurait dû ouvrir avec deux professionnels et non plus un seul dès la première minute d'accueil, explique Cyrille Godfroy. On reste finalement sur le système ancien avec un professionnel pouvant se retrouver seul avec trois enfants, ce qui avait été le contexte du drame de Lyon. »
Le gouvernement « a fait un pas dans la réglementation mais n'a pas mis les moyens derrière », déplore le syndicaliste. La pénurie est d'environ 13 000 postes d'éducateurs et d'auxiliaires puéricultrices en France. La formation dans ces métiers est financée par les régions, qui n'ont pas alloué plus de moyens et attendent un coup de pouce de l'État, comme cela avait été fait pour former des infirmières après la crise du Covid-19.
De nombreuses crèches sont contraintes de recruter des titulaires de diplômes dérogatoires, « dans des métiers parfois éloignés de la petite enfance », avec un parcours d'intégration de seulement 120 heures. Ce manque de main-d'œuvre qualifiée peut aussi créer un effet d'aubaine : « Dans une logique de marchandisation des groupes privés, 85 % des coûts étant liés à la masse salariale, c'est là-dessus que certains groupes économisent souvent, mais quand on dégrade trop les conditions de travail, des salariés s'en vont », accélérant la crise des vocations.



