Le réaménagement des fréquences FM de Radio France, prévu pour 2027, suscite de vives inquiétudes parmi les auditeurs, les élus locaux et les syndicats. Ce plan, visant à libérer des fréquences pour les radios privées et les services de sécurité, pourrait entraîner une réduction significative de la couverture et de la qualité de réception des stations publiques.
Un plan contesté dès son annonce
Selon le document consulté par Le Monde, le projet prévoit de réaffecter environ 30% des fréquences actuellement utilisées par Radio France. Les stations les plus touchées seraient France Inter, France Culture et France Musique, qui perdraient des fréquences dans plusieurs grandes villes, notamment Lyon, Marseille et Lille. Les syndicats dénoncent une « atteinte grave au service public » et une « rupture d'égalité des territoires ».
« C'est un véritable coup de tonnerre dans le paysage radiophonique français », a déclaré un représentant syndical sous couvert d'anonymat. « Les auditeurs des zones rurales et périurbaines seront les premiers pénalisés, avec des risques de zones d'ombre accrues. »
Des conséquences pour les auditeurs
Le réaménagement pourrait affecter jusqu'à 5 millions d'auditeurs réguliers de Radio France. Dans certaines régions, la réception de France Inter pourrait devenir impossible sans recourir à la radio numérique terrestre (DAB+) ou à Internet. Or, selon une étude de l'Arcom, seulement 30% des foyers sont équipés pour recevoir le DAB+.
« Nous risquons de créer une fracture numérique dans l'accès à l'information », alerte un élu local de la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Les personnes âgées et les plus précaires, qui n'ont pas accès à Internet, seront les grandes perdantes. »
Les motivations du gouvernement
Le gouvernement justifie ce réaménagement par la nécessité de moderniser l'utilisation du spectre hertzien. Les fréquences libérées seront attribuées aux radios privées, qui réclament depuis longtemps plus de place sur la bande FM, ainsi qu'aux services de sécurité (police, pompiers, etc.) pour améliorer leurs communications.
« Il s'agit d'une réforme indispensable pour répondre aux besoins du secteur et aux défis technologiques », a affirmé un porte-parole du ministère de la Culture. « Nous travaillons à un calendrier progressif pour minimiser les perturbations. »
Des alternatives insuffisantes
Radio France mise sur le DAB+ et le streaming pour compenser les pertes de fréquences FM. Cependant, la couverture DAB+ reste inégale sur le territoire, et tous les postes de radio ne sont pas compatibles. De plus, le streaming nécessite une connexion Internet, ce qui exclut une partie de la population.
« Le DAB+ n'est pas une solution miracle », estime un expert en télécommunications. « Il faudra des années pour atteindre une couverture équivalente à celle de la FM, et l'investissement pour les auditeurs est conséquent. »
La mobilisation des élus et des auditeurs
Plusieurs maires et présidents de régions ont déjà écrit à la ministre de la Culture pour demander le report ou l'abandon du projet. Des pétitions en ligne ont recueilli plus de 50 000 signatures en une semaine. Les auditeurs expriment leur colère sur les réseaux sociaux, dénonçant une « privatisation déguisée » des ondes.
« Radio France est un bien commun, on ne peut pas laisser des intérêts privés dicter la répartition des fréquences », s'indigne un auditeur de France Inter à Lyon.
Un avenir incertain
Le calendrier précis du réaménagement n'est pas encore arrêté. Le gouvernement promet une concertation avec toutes les parties prenantes avant la mise en œuvre. Mais les syndicats et les élus restent sceptiques, craignant que les décisions soient déjà prises.
« Nous continuerons à nous battre pour préserver le service public de la radio », conclut le représentant syndical. « La FM est encore le moyen le plus universel d'accès à l'information, et nous ne laisserons pas la qualité de ce service se dégrader. »



