La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, était en visite sur la base navale de Toulon ce jeudi 10 septembre. Elle y a dénoncé une campagne présidentielle trop centrée sur les candidatures et insuffisamment sur le contenu, notamment les questions du travail. Elle a réaffirmé son refus de débattre avec les dirigeants du Rassemblement national, tout en souhaitant échanger avec les électeurs de ce parti.
Une campagne jugée hors-sol sur les enjeux du travail
Pour Marylise Léon, la campagne présidentielle actuelle est « plus focalisée aujourd’hui sur la question de qui sera candidat que sur le contenu ». Elle regrette que les sujets du travail ne soient « pas suffisamment sur la table ». La CFDT entend donc agir dans les mois à venir pour placer ces enjeux au cœur du débat.
La cheffe de file du syndicat rappelle que le pouvoir d’achat est « le sujet n°1 » évoqué par les travailleurs, tant dans le secteur privé que public. Elle cite également les conditions de travail et la question des emplois, alors que la CFDT a alerté sur le nombre de plans sociaux depuis plusieurs mois.
Chômage et assurance-chômage : la CFDT dénonce une « spirale »
Face à la hausse du chômage, Marylise Léon appelle à « lutter collectivement contre les idées reçues ». Elle affirme que « le chômage n’est pas un choix » et critique les mesures qui diminuent les droits des chômeurs. Elle met en garde contre une nouvelle ponction sur le régime d’assurance-chômage, évoquant une idée qui « fleurit du côté du gouvernement ».
Selon elle, la mécanique est connue : « Le gouvernement prend de l’argent. Ce sont 12 milliards d’euros qui ont été prélevés depuis 2019. » Ensuite, les gestionnaires de l’assurance-chômage sont accusés de laisser le régime devenir déficitaire, justifiant une baisse des droits. Une spirale dans laquelle le pays est « depuis 2019 » et qui ne répond pas à la problématique.
Fiscalité : plus de progressivité et taxation des héritages
Interrogée sur le coût du travail, Marylise Léon estime que les employeurs doivent être « responsabilisés » sur les salaires, plutôt que de laisser l’État compenser des rémunérations trop basses. Elle défend des dispositifs comme la prime d’activité, mais refuse que l’État se substitue aux employeurs.
Pour financer le modèle social, elle propose de se tourner vers le capital et les plus hauts patrimoines, citant le pacte Dutreil qui fait l’objet « d’énormément d’optimisations fiscales ». Elle souhaite une plus grande progressivité sur tous les héritages, rappelant que « 86 % des héritages ne font l’objet d’aucune taxation » et que les plus riches ne sont imposés qu’à hauteur de « 10 % de ce qui est transmis ».
Elle rejoint l’idée de la taxe Zucman, estimant que « ce qui est attendu aujourd’hui, c’est cet enjeu de justice ». Elle juge inacceptable que « ceux qui ont le plus payent le moins en pourcentage » et insiste sur le rôle de l’impôt comme « ciment de notre société ».
Transparence des salaires et élections professionnelles
Marylise Léon réclame une loi sur la transparence des salaires, s’appuyant sur une directive européenne. Une fois transposée, un employeur ne pourra plus demander le salaire précédent d’un candidat à l’embauche. Elle a alerté les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale sur le retard du gouvernement français, espérant que le sujet « sera rapidement mis à l’heure du jour », avec un démarrage au Sénat.
À Toulon, à la veille des élections professionnelles dans la fonction publique, l’enjeu pour la CFDT est de « redevenir la deuxième force syndicale ». Le syndicat est troisième, à « 4 000 voix » derrière FO. Marylise Léon veut « progresser partout », affirmant que son syndicalisme de négociation est « plébiscité par les agents ».
Refus de débattre avec le RN, mais dialogue avec les électeurs
Marylise Léon assume de ne pas débattre avec les dirigeants du Rassemblement national, un parti « qui prétend défendre les travailleurs alors qu’il fait tout l’inverse ». Elle rappelle que la préférence nationale est « totalement incompatible » avec les valeurs de la CFDT. Cependant, elle précise que cela ne l’empêche pas d’aller à la rencontre des électeurs.
Elle constate que « le monde du travail vote pour le RN » et veut débattre avec ces électeurs, qu’elle rencontre lors de ses déplacements « au moins deux ou trois fois par semaine ». Son objectif est de « démasquer » le programme du parti, qu’elle qualifie de « division et de stigmatisation », avec des impacts directs sur le monde du travail. Elle appelle aussi les autres politiques à parler du travail.



