Le tribunal de commerce valide la reprise d'Arc France par Timothée Durand
Le tribunal de commerce de Tourcoing a officiellement acté le retour de la famille fondatrice à la tête du géant verrier Arc France. Cette décision, notifiée par écrit aux parties concernées sans audience publique, entérine la reprise de l'entreprise par l'unique candidat, Timothée Durand. Issu d'une lignée de dirigeants emblématiques du groupe, son retour marque un tournant pour cette entreprise bicentenaire du Pas-de-Calais.
Un plan social lourd et douloureux pour les salariés
Ce retour aux sources s'accompagne cependant d'un goût amer pour les 3 500 salariés du site principal d'Arques. Un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), condition sine qua non de la reprise, prévoit la suppression de 704 postes. Validé par les syndicats le 10 mars dans le cadre du redressement judiciaire ouvert début janvier, ce plan social représente un coup dur pour l'emploi local.
« De toute façon c'est ça ou rien, donc on n'a pas le choix », résume Frédéric Specque, délégué syndical CGT, qui déplore l'absence de dispositifs supplémentaires de l'État pour maximiser les départs volontaires. « Le couperet est assez violent », estime également Corinne Guenez de la CFE-CGC, craignant le départ de nombreuses compétences et de jeunes salariés pénalisés par les critères de licenciement.
Un projet de reprise mûri de longue date
Timothée Durand, 49 ans, a passé l'essentiel de sa carrière chez Arc avant de quitter l'entreprise en 2024 après une première tentative de rachat avortée. Membre de la famille qui a dirigé la société pendant un siècle jusqu'en 2015, il mûrissait depuis longtemps ce projet de reprise. « Je ne suis pas le méchant de l'histoire, je suis réaliste », déclarait-il fin janvier, alors qu'une offre concurrente sans licenciement avait été évoquée sans se concrétiser.
Son projet prévoit d'injecter 50 millions d'euros dans Arc, avec le soutien financier de Matthieu Leclercq, ancien patron de Decathlon. Les coupes dans les effectifs sont présentées comme nécessaires pour « redimensionner » le site d'Arques aux volumes que le groupe est capable de vendre.
Un leader mondial fragilisé par de multiples crises
Arc France est depuis la deuxième moitié du XXe siècle un leader mondial des verres pour les arts de la table, produisant sous les marques Luminarc, Cristal d'Arques Paris, Arcoroc et Chefs & Sommelier. Mais l'entreprise a enchaîné les difficultés depuis une vingtaine d'années, malgré d'importants investissements pour mondialiser sa production avec des usines aux États-Unis, en Chine et aux Émirats arabes unis.
Les effectifs d'Arques ont été presque divisés par trois depuis le début des années 2000, malgré de multiples plans de refinancement soutenus par l'État et les collectivités locales. La flambée des coûts de l'énergie et de l'inflation depuis le début de la guerre en Ukraine, l'intensification de la concurrence chinoise et la crise du secteur des arts de la table ont particulièrement fragilisé le groupe.
Des incertitudes persistantes pour l'avenir
Les syndicats restent inquiets face aux perspectives d'avenir. Frédéric Specque craint une remontée des prix de l'énergie en 2027, quand le tarif garanti du gaz pour l'entreprise sera caduc. « Les événements ne sont pas tous favorables », souligne-t-il, évoquant également l'impact potentiel de la nouvelle guerre au Moyen-Orient depuis fin février.
Le syndicaliste aurait souhaité un plan « plus ambitieux » en volume, avec une « volonté plus affirmée » en matière d'innovation. À défaut, il redoute une nouvelle baisse des volumes et une « spirale infernale » de suppressions de postes, alors que l'entreprise tente de retrouver son équilibre sous la direction de ses fondateurs historiques.



