Seize personnes aux parcours cabossés s'activent depuis dix jours sur le site de l'ancien camping Antipolis, à Antibes, dans le quartier de la Brague. D'un côté, huit personnes condamnées par la justice à un travail d'intérêt général (TIG). De l'autre, huit salariés en contrat d'insertion professionnelle (CDDI). Leur mission : nettoyer le site, dévasté par les inondations meurtrières d'octobre 2015, en vue de sa renaturation.
Un site figé depuis onze ans
Depuis les inondations, le camping est resté tel quel. « Les mobiliers de la supérette étaient encore présents avec de la boue dessus. Tout était renversé. Le restaurant était dévasté. Tous les emplacements de mobil-homes sont également restés », raconte Valérie Emphoux, directrice de la Gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (Gemapi) au sein de la Communauté d'agglomération Sophia Antipolis (Casa). La collectivité a racheté le site, qui ne pouvait plus accueillir de public, avec pour objectif de renaturer les espaces de l'ouest de la commune. Après une première phase de dépollution menée notamment avec Univalom, la Casa place désormais l'humain au cœur du projet.
« Une seule et même équipe »
Sur le terrain, impossible de distinguer les TIG des salariés en insertion. C'est la ligne de conduite fixée par Nathalie Nkembe, directrice d'Emplois et Services 06, la structure basée à Vallauris qui orchestre ce chantier. « J'ai tenu un discours, à savoir qu'il n'y a pas de différence entre eux et entre nous, confie Nathalie Nkembe. On est une seule et même équipe. On ne fera pas de distinguo. Pour des gens qui n'ont pas travaillé depuis longtemps, reprendre une activité comme ça, intense, brutalement, ce n'est pas évident. »
Un travail dur mais porteur de sens
Sous la chaleur accablante de la Côte d'Azur, l'effort est rude. Beaucoup doivent réapprendre les gestes les plus simples et retrouver une routine physique oubliée. « C'est vraiment dur », confie Mourad (prénom modifié), en montrant un mur de parpaings et des conteneurs remplis d'encombrants. « Mais on est mieux ici qu'en prison. Là-bas, en ce moment, c'est terrible. » Fabien (prénom modifié) veut voir le positif : « Là, on entend les cigales au moins. On paye notre dette tout en réalisant une mission qui a du sens. Quand le lieu sera devenu public, on pourra dire que nous y avons contribué. »
Le TIG comme tremplin vers la réinsertion
Le projet est encadré par le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) des Alpes-Maritimes et Alexandre Bakki, référent territorial du TIG. Au total, 442 heures de travail gratuit ont été affectées à cette mission par les tigistes (7 hommes et 1 femme pour cette session). Le TIG, peine alternative à l'emprisonnement, trouve ici sa définition de terrain. En participant à la création d'un futur espace public et écologique, les personnes condamnées réparent leur dette envers la société tout en se reconstruisant. Pour Alexandre Bakki, cela peut même être une porte vers le retour à l'emploi : « Les personnes qui effectuent gratuitement un travail d'intérêt général dans le cadre de leur peine peuvent avoir la possibilité de s'inscrire dans une démarche d'insertion. » Un encadrement artistique mené par le photographe Julien Bonnin permet aux participants de documenter le chantier.
Une seconde chance réciproque
Du côté des salariés d'Emplois et Services 06, souvent très éloignés du monde du travail, sans domicile stable ou confrontés à de lourdes difficultés de mobilité, ce chantier est une immense source de fierté. Au-delà de l'accompagnement social et des ateliers de CV, participer à un tel projet fait sens pour Nathalie Nkembe : « Il y a quelque chose de valorisant à dire : “on a contribué à ça”. Pour nous, c'est une belle vitrine. »



