En Bretagne, une révolution discrète est en marche dans les champs. Face à la flambée des prix des engrais de synthèse, qui ont bondi de plus de 30 % en un an, et aux préoccupations environnementales croissantes, de plus en plus d'agriculteurs se tournent vers des alternatives naturelles. Le digestat, issu de la méthanisation, et le compost, fabriqué à partir de déchets verts, sont au cœur de cette transition.
Une expérimentation prometteuse dans les Côtes-d'Armor
Dans les Côtes-d'Armor, une vingtaine d'exploitations agricoles participent à un programme pilote lancé par la chambre d'agriculture régionale. L'objectif est de substituer progressivement les engrais chimiques par des fertilisants organiques. Selon Yann Le Meur, agriculteur à Ploufragan et participant au programme, « le digestat permet de réduire nos coûts de 20 % tout en améliorant la structure du sol ». Les premiers résultats montrent une diminution de 15 % des émissions de gaz à effet de serre sur les parcelles testées.
Le digestat, un engrais local et circulaire
Le digestat est un résidu de la méthanisation, un processus qui transforme les déchets organiques en biogaz. En Bretagne, région pionnière dans la méthanisation, plus de 150 unités de production sont en activité. Ce fertilisant liquide ou solide est riche en azote, phosphore et potassium, éléments essentiels pour les cultures. « Nous avons un gisement local important, avec les algues vertes et les lisiers, qui peut être valorisé », explique Marie Dupont, ingénieure agronome à l'INRAE. L'utilisation du digestat réduit également la dépendance aux importations de gaz naturel, matière première des engrais azotés.
Le compost, une solution pour les sols appauvris
Parallèlement, le compost gagne du terrain. Fabriqué à partir de déchets verts des collectivités ou de résidus de cultures, il améliore la rétention d'eau et la biodiversité des sols. Dans le Finistère, une coopérative agricole a mis en place une plateforme de compostage mutualisée qui traite 5 000 tonnes de déchets par an. « Le compost permet de réduire de 40 % l'utilisation d'engrais chimiques », affirme Jean-Pierre Kerjean, président de la coopérative. Cette initiative a été récompensée par un prix de l'innovation durable en 2025.
Des freins encore importants
Malgré ces avancées, des obstacles persistent. Le digestat nécessite des investissements lourds pour les unités de méthanisation, et son transport peut être coûteux. De plus, certains agriculteurs restent sceptiques quant à l'efficacité des alternatives. « Il faut du temps pour convaincre, mais les résultats parlent d'eux-mêmes », tempère Yann Le Meur. La réglementation européenne, qui fixe des limites strictes pour les nitrates, complique également l'utilisation de certains fertilisants organiques.
Un avenir prometteur pour la Bretagne
La région Bretagne, qui compte 30 000 exploitations agricoles, pourrait devenir un modèle en matière de fertilisation durable. Les pouvoirs publics soutiennent ces initiatives via des subventions et des programmes de recherche. Selon une étude de l'ADEME, le potentiel de substitution des engrais de synthèse par des alternatives organiques est de 25 % d'ici 2030. « Nous sommes sur la bonne voie, mais il faut accélérer », conclut Marie Dupont.



