L'Union européenne débloque des fonds d'urgence pour les agriculteurs
L'Union européenne s'apprête à puiser dans sa « réserve agricole » pour soutenir les agriculteurs confrontés à la flambée des prix des engrais, une crise exacerbée par la guerre au Moyen-Orient. Ce mardi, la Commission européenne doit dévoiler son plan d'action, tandis que des organisations agricoles organisent un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg.
Une pression accrue sur les coûts de production
Avant le conflit, 30 % des engrais mondiaux transitaient par le détroit d'Ormuz. Depuis fin février, les prix des fertilisants azotés ont bondi à environ 500 euros la tonne, contre 380 euros l'hiver dernier. À cela s'ajoute l'envolée du gazole pour les tracteurs, poussant de nombreux États à débloquer des aides.
Le Copa-Cogeca, qui regroupe les principaux syndicats agricoles européens, met en garde : « Les agriculteurs abordent la prochaine saison d'achat dans un climat d'extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais. »
200 millions d'euros de la réserve agricole
À court terme, Bruxelles mobilise environ 200 millions d'euros de la réserve agricole, un fonds dédié aux crises. Les céréaliers sont particulièrement touchés : gros consommateurs d'engrais, ils subissent depuis trois ans une récolte de blé catastrophique en 2024, des engrais très chers en 2025, et un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue.
Des mesures à long terme et la taxe carbone maintenue
Au-delà de l'urgence, l'UE, qui importe 60 % de ses engrais, promet de diversifier ses approvisionnements et d'augmenter sa production européenne. Bruxelles pourrait assouplir les règles sur les nitrates pour autoriser l'utilisation de digestat, issu de la méthanisation, comme alternative aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l'eau.
En revanche, l'exécutif européen refuse de suspendre la taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier. Une porte-parole rappelle que des mesures ont déjà été prises : suppression temporaire des droits de douane sur les fertilisants (hors Russie et Bélarus) et adaptation de la taxe carbone pour en atténuer l'impact. Remettre en cause ce mécanisme désavantagerait les fabricants européens et ouvrirait une brèche dans d'autres secteurs polluants (acier, aluminium, ciment, etc.).
Développer des engrais bas carbone
L'UE ne reviendra pas non plus sur l'augmentation des taxes sur les engrais russes et bélarusses, afin de priver Moscou de ressources pour la guerre en Ukraine. Face à la dépendance aux importations, le développement d'engrais alternatifs bas carbone est un enjeu majeur, mais jusqu'ici, les coûts de production élevés, notamment liés à l'énergie, ont freiné les projets, comme l'initiative « Green Ammonia Linz » en Autriche, abandonnée.



