Amazon a lancé la construction au Texas de ce qui deviendra la plus grande centrale électrique au gaz des États-Unis, destinée exclusivement à alimenter ses centres de données. Le projet, d'un coût estimé à 7 milliards de dollars, illustre la course effrénée des géants de la tech pour sécuriser leur approvisionnement énergétique face à l'explosion de la demande liée à l'intelligence artificielle.
Un projet d'envergure dans le bassin permien
La centrale, qui sera située dans le bassin permien, à l'ouest du Texas, aura une capacité de production de 3,5 gigawatts, soit l'équivalent de la consommation de plus de 2 millions de foyers américains. Selon les documents déposés auprès des autorités de régulation, le site comprendra six turbines à gaz et sera relié directement aux centres de données d'Amazon, sans passer par le réseau électrique public.
Ce choix stratégique permet à Amazon de contourner les délais de raccordement imposés par le gestionnaire de réseau texan, souvent saturé. L'entreprise prévoit une mise en service progressive à partir de 2027, avec une pleine exploitation attendue pour 2029.
Une réponse à la demande croissante en électricité
La demande d'électricité aux États-Unis, portée par l'essor de l'intelligence artificielle et des centres de données, devrait augmenter de 20 % d'ici 2030, selon le cabinet McKinsey. Amazon, qui a annoncé un investissement de 150 milliards de dollars dans ses infrastructures cloud sur cinq ans, cherche à garantir une énergie stable et disponible à tout moment.
« Nous avons besoin d'une énergie fiable pour nos clients, et le gaz naturel est actuellement la seule solution capable de fournir une puissance constante à grande échelle », a déclaré un porte-parole d'Amazon, soulignant que l'entreprise continue d'investir massivement dans les énergies renouvelables.
Des critiques environnementales
Ce projet suscite toutefois de vives critiques de la part des défenseurs de l'environnement. « C'est un pas en arrière majeur dans la lutte contre le changement climatique », a dénoncé Sarah Miller, porte-parole de l'ONG Sierra Club. « Amazon prétend être un leader de la durabilité, mais cette centrale émettra des millions de tonnes de CO2 chaque année. »
Selon les estimations, la centrale produira environ 15 millions de tonnes de CO2 par an, soit l'équivalent des émissions annuelles de 3,2 millions de voitures. Ce chiffre contraste avec les engagements climatiques d'Amazon, qui vise la neutralité carbone d'ici 2040.
Une tendance lourde dans le secteur
Amazon n'est pas la seule entreprise à se tourner vers le gaz. Microsoft et Google ont également conclu des accords avec des producteurs d'électricité pour alimenter leurs data centers, tandis que Meta a annoncé en 2025 la construction d'une centrale à gaz en Louisiane. Cette tendance s'explique par la difficulté à développer assez rapidement des énergies renouvelables pour répondre à la demande.
« Le gaz est devenu le pont énergétique de la transition numérique », analyse John Smith, analyste chez BloombergNEF. « Les entreprises technologiques ont besoin d'une électricité 24h/24 et 7j/7, ce que le solaire et l'éolien ne peuvent pas garantir sans stockage massif. »
Des implications locales et politiques
Le projet a également des implications politiques. Le Texas, premier producteur de pétrole et de gaz des États-Unis, voit d'un bon œil cet investissement qui crée des emplois et renforce son indépendance énergétique. Le gouverneur Greg Abbott a salué « une victoire pour l'économie texane et pour la sécurité énergétique américaine ».
Sur le plan local, la construction devrait générer environ 2 000 emplois pendant la phase de chantier, puis 300 emplois permanents pour l'exploitation. Cependant, les habitants de la région s'inquiètent des impacts sur la qualité de l'air et de la consommation d'eau, déjà très sollicitée dans cette zone aride.
Un modèle contesté pour l'avenir
Ce pari sur le gaz interroge sur la stratégie énergétique des géants de la tech à long terme. Certains experts estiment que ces centrales pourraient devenir des actifs échoués si les technologies de stockage d'énergie progressent plus vite que prévu. D'autres soulignent que les entreprises devront intégrer le coût du carbone dans leurs bilans, ce qui pourrait renchérir l'exploitation.
Amazon, de son côté, affirme que cette centrale est une solution transitoire et qu'elle sera progressivement convertie à des carburants plus propres, comme l'hydrogène vert. Une promesse que les écologistes jugent peu crédible, faute de feuille de route précise.
En attendant, la construction se poursuit à un rythme soutenu, et le site devrait être opérationnel dans moins de trois ans, marquant une étape significative dans la manière dont les grandes entreprises technologiques s'approvisionnent en électricité.



