Depuis 2022, la Russie est devenue le pays le plus sanctionné au monde, avec quelque 25 000 mesures restrictives ciblant des individus ou des entités russes, selon un décompte officiel. Pourtant, au cœur de cette tempête économique, une entreprise d'État continue de prospérer et de s'étendre : Rosatom, le géant nucléaire russe.
Une résilience inattendue
Alors que les sanctions visaient à étouffer l'économie russe, Rosatom a non seulement résisté, mais a également étendu ses activités. L'entreprise, qui gère l'ensemble du cycle du combustible nucléaire, de l'extraction d'uranium à la construction de centrales, a vu son chiffre d'affaires augmenter de 20 % en 2023, atteignant 1 500 milliards de roubles (environ 15 milliards d'euros). Selon des sources internes citées par le média russe RBK, cette croissance est portée par les commandes intérieures et les contrats à l'étranger, notamment en Turquie, en Égypte et en Biélorussie.
Des contrats internationaux malgré l'isolement
Rosatom continue de construire des centrales nucléaires à l'étranger, malgré les pressions diplomatiques. En Turquie, la centrale d'Akkuyu, dont le premier réacteur est entré en service en avril 2023, est entièrement financée et construite par Rosatom. En Égypte, le chantier d'El-Dabaa avance, avec quatre réacteurs prévus. Ces projets, d'une valeur totale de plusieurs dizaines de milliards de dollars, sont réalisés grâce à des accords intergouvernementaux qui échappent en partie aux sanctions financières.
« Rosatom est un outil de soft power pour la Russie, et les sanctions n'ont pas réussi à l'arrêter », explique un analyste du Carnegie Endowment for International Peace. « Les pays clients voient dans le nucléaire une source d'énergie stable, et Rosatom offre des conditions de financement attractives que ses concurrents occidentaux ne peuvent égaler. »
Un secteur stratégique protégé
Le secteur nucléaire russe bénéficie d'une protection particulière. Les sanctions occidentales ont épargné les importations de combustible nucléaire, car les États-Unis et l'Europe dépendent encore de la Russie pour une partie de leur approvisionnement en uranium enrichi. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), la Russie fournit 14 % de l'uranium enrichi mondial. Cette dépendance a limité la portée des mesures restrictives.
En parallèle, Rosatom a renforcé sa présence sur le marché intérieur. La construction de nouvelles centrales, comme celle de Koursk-2, se poursuit, et l'entreprise développe des réacteurs de petite taille (SMR) destinés à l'exportation. « Nous ne ressentons pas les sanctions dans notre travail quotidien », a déclaré un porte-parole de Rosatom à l'agence TASS. « Notre carnet de commandes est plein pour les dix prochaines années. »
Des défis à long terme
Malgré cette résilience, Rosatom fait face à des obstacles. L'accès aux technologies occidentales est devenu plus difficile, ce qui pourrait ralentir l'innovation. De plus, les projets à l'étranger sont exposés aux risques de change et aux retards de paiement. Néanmoins, l'entreprise semble avoir trouvé une parade en s'appuyant sur des partenaires chinois et en développant ses propres technologies.
En conclusion, Rosatom incarne la capacité de la Russie à contourner les sanctions dans des secteurs stratégiques. Alors que le pays est frappé par 25 000 mesures restrictives, le géant nucléaire continue de bâtir des centrales et de générer des revenus, illustrant les limites de l'isolement économique.



