Le Conseil d'État a rejeté, jeudi 15 octobre 2026, le pourvoi de la commune de Verrières, scellant l'annulation définitive de l'autorisation environnementale du projet éolien porté par la SAS V'éol. Cette décision met un terme à un marathon administratif, technique et juridique de quinze années, et enterre l'ambition pionnière de ce territoire des Grands Causses qui cherchait à concilier autonomie financière et transition énergétique.
Un projet au modèle économique innovant
L'initiative, lancée au début des années 2010, se distinguait par son modèle économique. Plutôt que de céder le terrain à des promoteurs privés, la municipalité avait opté pour une gouvernance partagée, garantissant que les bénéfices restent ancrés localement. Le parc de cinq mats devait être implanté à hauteur des Bois de Vinnac, entre la RD911 et l'A75.
Au lancement de l'enquête publique en juillet 2022, les élus municipaux affichaient une ambition claire. « La commune est une zone où le développement éolien est possible. Nous ne souhaitons pas être spectateurs de ce développement économique, mais en être pleinement acteurs », expliquait l'ancien maire et actuel premier adjoint Jérôme Mouries.
Un parcours semé d'obstacles franchis
Pendant longtemps, le dossier a franchi tous les obstacles avec succès. Intégré dans le Plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) et le Schéma de cohérence territoriale (ScoT) du Parc naturel régional, le parc avait reçu le feu vert de la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS), ainsi qu'un avis favorable à l'issue de l'enquête publique. L'aboutissement de ce parcours du combattant avait été marqué le 28 décembre 2022 par la délivrance de l'autorisation environnementale par le préfet de l'Aveyron.
La biodiversité, un obstacle insurmontable
Devant les tribunaux administratifs, ce sont finalement les associations de protection de la nature et de l'avifaune qui ont porté le coup fatal à ce projet jouxtant des sites Natura 2000 et des Znieff. En mai 2025, la Cour administrative d'appel de Toulouse annulait une première fois l'autorisation préfectorale. Les magistrats avaient alors estimé que les technologies prévues pour protéger l'aigle royal et les vautours de la région étaient insuffisantes.
« Malgré des mesures d'évitement intégrées (grande hauteur des éoliennes, systèmes de détection et arrêt automatique), le risque de mortalité pour les grands rapaces reste scientifiquement inacceptable dans cette zone remarquable des Grands Causses », avait acté le juge. Un arrêté que vient entériner le Conseil d'État, rappelant que la préservation des espèces menacées prévaut sur les objectifs locaux de production d'énergie décarbonée.
Une déception durable, mais pas de résignation
Si les promoteurs du projet eux-mêmes étaient conscients de la fragilité de cet équilibre, l'espoir de voir aboutir ce projet unique en France s'envole-t-il définitivement ? « C'est forcément une déception après quinze ans de combat, mais on n'est ni abattus ni résignés, conclut Jérôme Mouriès. Mais l'histoire continue, et on va poursuivre notre engagement pour développer des projets d'énergie renouvelable au service de notre territoire. »
Le lancement dans les mois prochains d'une centrale photovoltaïque n'en est que le premier exemple. La commune de Verrières entend ainsi poursuivre sa transition énergétique, malgré l'abandon du projet éolien.