Lobby des data centers demande à l'UE de prioriser l'IA sur le climat
Lobby data centers : priorité à l'IA plutôt qu'au climat

Alors que l'Europe suffoque sous une canicule record, le lobby des centres de données a adressé une demande controversée à l'Union européenne : faire passer le développement de l'intelligence artificielle (IA) avant les objectifs climatiques. Dans une lettre ouverte publiée le 24 juin 2026, l'association European Data Centre Association (EUDCA) plaide pour un assouplissement des normes environnementales afin de ne pas freiner l'innovation dans le secteur de l'IA.

Une demande en pleine crise climatique

La lettre, cosignée par une vingtaine d'entreprises du secteur, intervient alors que plusieurs pays européens subissent des températures dépassant les 40°C. Les centres de données, essentiels au fonctionnement de l'IA, consomment d'énormes quantités d'électricité et d'eau pour leur refroidissement. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la consommation électrique des data centers pourrait représenter jusqu'à 4 % de la demande mondiale d'électricité d'ici 2030.

L'EUDCA estime que les réglementations actuelles, notamment le Pacte vert pour l'Europe, entravent la construction de nouveaux centres de données nécessaires à l'essor de l'IA. « Sans une révision urgente des objectifs climatiques, l'Europe risque de perdre la course à l'IA face aux États-Unis et à la Chine », a déclaré le président de l'association, Markus Fischer, dans un communiqué.

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Des critiques virulentes

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Les associations environnementales dénoncent un « chantage » inacceptable. « En pleine canicule, demander de sacrifier le climat pour l'IA est une provocation », a tweeté Greenpeace France. De son côté, la députée européenne Marie Toussaint (Verts/ALE) a qualifié cette demande de « dangereuse et irresponsable ». « L'urgence climatique ne peut pas être mise de côté pour des intérêts économiques à court terme », a-t-elle affirmé.

Selon une étude de l'Université du Massachusetts, l'entraînement d'un seul modèle d'IA de grande envergure peut émettre jusqu'à 300 tonnes de CO2, soit l'équivalent de 125 vols aller-retour Paris-New York. Les data centers, qui hébergent ces modèles, sont déjà pointés du doigt pour leur empreinte carbone croissante.

Un secteur en pleine expansion

Le marché des centres de données en Europe devrait atteindre 50 milliards d'euros d'ici 2027, selon le cabinet Technavio. Cette croissance est tirée par la demande en IA générative, cloud computing et streaming vidéo. L'EUDCA prévoit qu'avec les réglementations actuelles, 30 % des projets de data centers pourraient être abandonnés dans les cinq prochaines années.

La Commission européenne, interrogée sur le sujet, a rappelé que le Pacte vert est « non négociable » mais a promis d'étudier les demandes du secteur dans le cadre du futur « Digital Clean Tech Act ». Un porte-parole a précisé que « l'innovation et la durabilité doivent aller de pair ».

Quelles conséquences pour l'IA en Europe ?

Si l'UE cédait aux pressions du lobby, cela pourrait entraîner une augmentation des émissions de gaz à effet de serre du secteur numérique, qui représente déjà 2 à 3 % des émissions mondiales. En revanche, un frein à la construction de data centers pourrait ralentir le déploiement de l'IA dans des domaines clés comme la santé, les transports ou l'énergie.

Pour l'instant, la balle est dans le camp de Bruxelles, alors que le mercure continue de grimper et que les appels à l'action climatique se multiplient.

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