L'électrification, un prétexte pour relancer la course à la baisse des coûts
Électrification : prétexte à baisse des coûts dans l'automobile

L'électrification du parc automobile est souvent présentée comme une révolution nécessaire pour l'environnement. Pourtant, selon une étude du cabinet AlixPartners, elle sert surtout de prétexte aux constructeurs pour relancer une course à la baisse des coûts, avec des conséquences sur la qualité et l'emploi.

Une pression accrue sur les fournisseurs

Le rapport, intitulé « Global Automotive Outlook 2024 », révèle que les constructeurs exigent des réductions de prix de 15 à 25 % de la part de leurs fournisseurs pour les composants de véhicules électriques. Cette pression s'ajoute à celle déjà exercée sur les pièces traditionnelles. « Les constructeurs utilisent la transition électrique comme un levier pour renégocier les contrats à la baisse », explique Mark Wakefield, directeur chez AlixPartners.

En parallèle, les investissements dans l'électrification atteignent des sommets : plus de 500 milliards de dollars d'ici 2030, selon les estimations. Mais ces sommes sont en partie compensées par des économies sur d'autres postes, notamment la suppression de certaines fonctionnalités et l'utilisation de matériaux moins coûteux.

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Des conséquences sur la qualité

Cette stratégie a un impact direct sur la qualité des véhicules. L'étude note une augmentation de 30 % des défauts de fabrication sur les modèles électriques par rapport aux thermiques, selon les données de J.D. Power. « On observe des problèmes récurrents sur les batteries, les systèmes de recharge et les logiciels », précise Wakefield. Les rappels pour cause de batterie défectueuse ont bondi de 40 % en 2023.

Par ailleurs, la réduction des coûts se traduit par une standardisation accrue des composants, limitant l'innovation et la différenciation entre marques. « Les voitures électriques se ressemblent de plus en plus, car les constructeurs partagent les mêmes plateformes et fournisseurs », ajoute l'expert.

Un impact social non négligeable

La course à la baisse des coûts a également des répercussions sociales. Selon le cabinet, 80 000 emplois pourraient être supprimés dans la filière automobile européenne d'ici 2025, principalement dans la production de moteurs thermiques et de boîtes de vitesses. Les usines de moteurs électriques, moins gourmandes en main-d'œuvre, ne compenseront pas ces pertes.

En France, le secteur automobile emploie directement 200 000 personnes. La transition électrique menace particulièrement les sites de production de pièces mécaniques, comme ceux de la vallée de l'Arve en Haute-Savoie. « On assiste à une désindustrialisation silencieuse », déplore un syndicaliste de la CGT chez Renault.

Une stratégie à court terme ?

Pour AlixPartners, cette approche pourrait nuire à la compétitivité à long terme des constructeurs européens face aux concurrents chinois, qui misent davantage sur la qualité et l'innovation. « Réduire les coûts à tout prix n'est pas viable. Il faut investir dans la R&D et la formation pour rester dans la course », conclut Mark Wakefield.

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