La Croatie, petit pays des Balkans, nourrit de grandes ambitions. Alors que l'Union européenne cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes, Zagreb se positionne comme un futur hub énergétique pour l'Europe centrale. Le terminal gazier de l'île de Krk, en mer Adriatique, est au cœur de cette stratégie.
Le terminal GNL de Krk, clé de voûte du projet
Mis en service en 2021, le terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) de Krk a une capacité actuelle de 2,9 milliards de mètres cubes par an. Mais le gouvernement croate prévoit de l'étendre à 6,1 milliards de mètres cubes d'ici 2027. Ce projet, soutenu par l'UE, permettrait d'alimenter non seulement la Croatie, mais aussi la Hongrie, la Slovaquie, l'Autriche et même l'Ukraine.
« Nous voulons devenir le hub gazier de l'Europe centrale », a déclaré le Premier ministre croate Andrej Plenković lors d'une conférence de presse à Zagreb. « Avec le terminal de Krk, nous offrons une alternative au gaz russe, qui représentait encore 40 % des importations de la région avant la guerre en Ukraine. »
Des investissements massifs
Le projet d'extension de Krk est estimé à 400 millions d'euros. Il comprend la construction d'un second réservoir de stockage et d'un nouveau poste d'amarrage pour les méthaniers. Par ailleurs, la Croatie investit dans les interconnexions gazières avec ses voisins. Un gazoduc vers la Hongrie, d'une capacité de 1,5 milliard de mètres cubes par an, est déjà opérationnel. Un autre vers la Slovénie est en projet.
Mais la Croatie ne se limite pas au gaz. Le pays mise aussi sur l'électricité renouvelable. « Nous avons un potentiel énorme en énergie solaire, éolienne et hydraulique », explique le ministre de l'Économie Davor Filipović. La Croatie prévoit de porter la part des renouvelables dans son mix électrique de 30 % actuellement à 50 % d'ici 2030.
Un contexte géopolitique favorable
La guerre en Ukraine a accéléré la recherche d'alternatives au gaz russe. L'Europe centrale, historiquement dépendante des livraisons de Moscou via l'Ukraine, est particulièrement vulnérable. La Croatie, avec son accès à la mer Adriatique, offre une porte d'entrée pour le GNL en provenance du Qatar, des États-Unis ou d'Afrique.
« La Croatie a un avantage géographique indéniable », souligne Ana-Maria Boromisa, experte en énergie à l'Institut de recherche de Zagreb. « Elle peut devenir un carrefour énergétique pour toute la région, à condition de surmonter les défis techniques et financiers. »
Des défis à relever
Le projet croate n'est pas sans obstacles. La Hongrie, principal client potentiel, a signé des contrats à long terme avec Gazprom, ce qui limite sa flexibilité. Par ailleurs, l'Autriche et la Slovaquie étudient leurs propres projets de terminaux GNL en mer du Nord ou en Méditerranée, ce qui pourrait créer une concurrence.
Sur le plan environnemental, des associations écologistes critiquent l'extension de Krk, estimant qu'elle perpétue la dépendance aux énergies fossiles. « Au lieu d'investir dans les fossiles, il faut accélérer la transition vers les renouvelables », plaide Zeljka Leljak de Greenpeace Croatie.
Malgré ces critiques, le gouvernement croate reste confiant. Il mise sur le soutien de l'UE, qui a alloué 200 millions d'euros au projet Krk dans le cadre du plan de relance post-Covid. Selon les autorités, le terminal pourrait approvisionner 20 % des besoins en gaz de l'Europe centrale d'ici 2030.
Un avenir énergétique pour la région
Au-delà du gaz, la Croatie explore d'autres pistes. Le pays étudie la possibilité de stocker du CO2 dans d'anciens gisements de pétrole en mer Adriatique, une technologie prometteuse pour la capture du carbone. Il développe aussi l'hydrogène vert, produit à partir d'électricité renouvelable.
« Notre objectif est de devenir un hub énergétique complet, pas seulement gazier », insiste le Premier ministre Plenković. « Nous voulons contribuer à la sécurité énergétique de l'Europe tout en respectant nos engagements climatiques. »
La transformation de la Croatie en hub énergétique est un pari ambitieux. Si elle réussit, elle pourrait redessiner la carte énergétique de l'Europe centrale et réduire durablement l'influence russe dans la région. Mais le chemin est encore long, et les obstacles nombreux.



