La France se prépare à traverser sa cinquième canicule de l'année, et le bilan des quatre précédentes s'annonce catastrophique pour l'agriculture. Avec un déficit de pluie de près de 70 % en juillet 2026, le troisième mois de juillet le moins arrosé jamais enregistré, et une température moyenne de 24,9 °C, le mois le plus chaud de l'histoire du pays, les sols sont plus secs qu'en 2022 et 2025 à la même période, atteignant des niveaux records. Selon le gouvernement, 99 des 101 départements français sont touchés par la sécheresse, dont 67 en situation de crise.
Des pertes massives dans les filières maraîchères
Les maraîchers sont parmi les premières victimes. « C'est la catastrophe », s'alarme Sylvestre Bertucelli, directeur général de Légumes de France. Selon la fédération, les pertes pour certaines filières pourraient atteindre 50 % des tonnages annuels. En mâche, salades, carottes, poireaux, échalotes, ail et oignons, les pertes se comptent en milliers de tonnes. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a reconnu « un effondrement des productions » de plein champ. Dans le Grand Ouest, particulièrement touché, la récolte de petits pois était en repli de près de 30 % dès la mi-juillet. En Bretagne, « 100 % des brocolis et des artichauts » ainsi que la plupart des jeunes plants de choux-fleurs non irrigués sont détruits, selon Cyril Pogu, coprésident de Légumes de France.
Le maïs en chute libre, le blé en repli
Le maïs, entré en floraison en pleine canicule de mi-juillet, a vu son pollen griller. La production est désormais attendue en repli de 35 %, à 9 millions de tonnes, soit le plus bas niveau depuis 1980. Pour le maïs non irrigué, les rendements pourraient chuter de 50 à 70 % dans certaines régions. La récolte de blé, précoce, a moins souffert mais a tout de même baissé de 4,3 %, à 31,9 millions de tonnes.
Les prairies à l'arrêt, l'élevage en difficulté
La pousse des prairies, essentielle pour l'alimentation animale, est quasiment à l'arrêt depuis fin mai, avec une pousse cumulée inférieure de 30 % à la moyenne 1989-2018, voire jusqu'à 90 % dans les Landes. Les éleveurs doivent entamer leurs stocks de foin pour l'hiver, ce qui impacte la qualité du lait et des fromages. La production laitière baisse drastiquement en cas de forte chaleur, avec des pertes allant jusqu'à 30 %. Dès mai, la collecte laitière a baissé de 1,1 %, mettant fin à des années de hausse.
Hécatombe chez les volailles
Le premier épisode de canicule de juin a été particulièrement meurtrier pour les volailles dans l'Ouest, avec 2 à 3 millions d'animaux retrouvés morts, soit environ 1 % de la production annuelle. Les services d'équarrissage ont eu du mal à traiter tous les cadavres. Sur l'ensemble de l'été, les pertes pourraient approcher celles de 2003, où 4 à 5 millions de volailles avaient succombé. Les bovins et les cochons sont moins affectés, mais la production laitière chute fortement.
Des milliards d'euros de pertes en vue
Le gouvernement a annoncé un plan « global » pour ne laisser « aucun agriculteur seul », avec des mesures d'urgence. Le coût de la sécheresse de 2022 avait été évalué à 5,6 milliards d'euros, dont 1,1 milliard pour les pertes agricoles. « Cette année, ces chiffres seront supérieurs », a anticipé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, parle de « milliards d'euros » et appelle à un « choc de réactivité » : « Nous vivons une catastrophe climatique d'une ampleur que nous n'avons jamais vue en agriculture sur une telle durée », a-t-il déclaré sur France info, comparant la situation à celle de 1976.



