Bertrand Gasiglia : « On ne peut pas sortir un milliard d’euros comme ça »
Bertrand Gasiglia : « On ne peut pas sortir un milliard d’euros »

Bertrand Gasiglia, maire UDR de Tourrette-Levens, vient d'être élu président de la Régie Ligne d'Azur. Dans un entretien, il aborde les défis des transports métropolitains, la gratuité pour les seniors, la lutte contre la fraude, et livre son analyse de l'actualité politique locale qu'il connaît depuis trente ans.

Une entreprise ancrée dans le territoire

Gasiglia succède à Gaël Nofri à la tête de Ligne d'Azur, une régie de 1 800 collaborateurs qui a transporté plus de 100 millions de voyageurs en 2024. Il la décrit comme « une grande et belle entreprise, profondément enracinée dans le territoire, avec des équipes très attachées à leur entreprise ». Il souligne l'importance de la mission de service public, qui participe au développement des territoires. Les chantiers des lignes 4 et 5 du tramway sont majeurs, mais le quotidien des lignes de bus l'est tout autant : « Servir Duranus est aussi important pour nous que de desservir l'aéroport. »

Ligne 4 en suspens, ligne 5 confirmée

La ligne 5 est confirmée, mais la ligne 4 est en suspens. Le maire de Cagnes-sur-Mer, Bryan Masson, a fait campagne contre l'arrivée du tramway dans sa commune. Gasiglia explique que ces deux lignes représentent un milliard d'euros, un investissement considérable au regard de la dette et de la capacité d'investissement de la métropole. Il ajoute qu'il faut respecter la confiance que les Cagnois ont donnée à leur maire. Une première phase pourrait aller jusqu'à Saint-Laurent-du-Var, entre Cagnes et Nice. De même, la ligne 5 devra être phasée. « On ne peut pas sortir un milliard d'euros en quelques années », insiste-t-il, précisant que cet investissement ne doit pas se faire au détriment du reste du territoire. Le tramway transporte 75 % des usagers, mais il faut aussi penser au moyen et au haut-pays.

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Améliorer les transports dans le haut et moyen-pays

Dans les zones au relief contraignant, le tramway n'est pas envisageable. Gasiglia prône des transports adaptés et réactifs. Avec 17 millions de kilomètres parcourus chaque année, il faut adapter l'offre : décaler une ligne d'une demi-heure ou déplacer un arrêt de bus change le quotidien des usagers. Les besoins évoluent, notamment en été et en hiver pour les stations de ski.

Gratuité pour les seniors : un dispositif calculé

À partir du 1er septembre, le réseau Lignes d'Azur sera gratuit pour les plus de 65 ans. Gasiglia assure que tout est calculé. Dès le 10 juillet, un dispositif d'accompagnement sera déployé pour permettre aux aînés de prendre leur abonnement. Jusqu'ici, cette gratuité était réservée aux seniors non imposables ; elle est désormais étendue à tous. Interrogé sur la justice sociale d'inclure les retraités aisés, il répond qu'une étude globale est lancée pour refondre la grille tarifaire, qui compte trop de déclinaisons. « Plus les revenus augmentent, moins on utilise les transports en commun. Ce dispositif profitera donc majoritairement aux retraités aux revenus faibles ou modérés. » La gratuité est déjà ouverte aux agents du CHU et de l'administration pénitentiaire. Cependant, la gratuité totale du réseau est financièrement impossible : elle représenterait un manque à gagner de 80 millions d'euros sur un budget de 300 millions.

Retour des dix voyages à 10 euros

La formule « 10 euros 10 tickets » est très attendue. Gasiglia indique que le retour de cette offre a été chiffré entre 12 et 15 millions d'euros. La réflexion est globale, et les arbitrages seront présentés à l'automne pour une mise en service au début de 2027.

Lutte contre la fraude

Gasiglia considère la lutte contre la fraude comme une question de justice sociale et financière. Il cite une opération de contrôle menée à Vence, qui a permis de contrôler 300 personnes et de récupérer plus de 7 000 euros d'amendes et de régularisations. Il promet de continuer à travailler sur ce sujet.

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Politique pro-voiture d'Éric Ciotti

La conseillère métropolitaine Juliette Chesnel-Le Roux a qualifié la politique pro-voiture d'Éric Ciotti de « marqueur de l'extrême droite ». Gasiglia répond : « J'ai beaucoup de respect pour Madame Chesnel Leroux mais cette formule est caricaturale. Ça me rappelle la sortie d'une députée écologiste associant la consommation de viande rouge à l'extrême droite. Éric Ciotti est tout sauf caricatural. La voiture reste indispensable dans notre société. Il faut simplement encourager les pratiques les plus pertinentes. Les transports en commun progressent fortement, mais les bouchons persistent car la population et les déplacements du quotidien augmentent. »

L'avenir de LR et les élections sénatoriales

Gasiglia a quitté Les Républicains pour l'UDR. Il dresse un constat sévère sur l'avenir de LR : « Quand j'ai quitté LR, il y avait plusieurs centaines d'adhérents par circonscription. Il y a quelques jours, dans l'indifférence générale, ont été renouvelées les instances locales. Michèle Tabarot a été élue présidente (de la fédération des Alpes-Maritimes), elle a publié des cartes, on parle de quelques dizaines d'adhérents par circonscription. Ce parti, auquel j'étais profondément attaché, est devenu un micro-parti satellite de la galaxie centriste et macrono-socialiste au pouvoir. J'ai connu le RPR ou l'UMP par le passé, on était opposants mais il y avait de l'espérance, l'espoir de reprendre le pouvoir, ce qu'on a fait avec Nicolas Sarkozy. Depuis, ce n'est qu'un déclin continu. À terme, LR vont disparaître. »

Pour les élections sénatoriales du 27 septembre, il confirme qu'il y aura une liste UDR-RN dans les Alpes-Maritimes. La ville de Nice, avec ses grands électeurs, est assurée d'obtenir un siège dès lors qu'un membre de l'exécutif municipal est candidat. « C'est une élection faite d'accords et de discussions. Quand on aura les listes, on aura une idée des rapports de force. »

Rôle d'Éric Ciotti pour la présidentielle

Gasiglia estime qu'Éric Ciotti a changé de dimension nationale lors de la campagne de François Fillon et de la primaire des LR pour 2022. « Il prendra toute sa place dans la future campagne présidentielle sans faire de politique-fiction. »

Changement de gouvernance à la métropole

Interrogé sur l'impact pour sa commune, Tourrette-Levens, Gasiglia compare les styles : « Christian Estrosi avait mis en place une stratégie d'exclusion pour tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Éric Ciotti a fait très différemment : même s'il a des désaccords politiques avec certains maires, il associe tout le monde à la gouvernance. Un maire tire sa légitimité de l'élection. » Il rappelle son projet de maison de santé, dont le permis de construire a été déposé, pour un montant de 2 millions d'euros. Les travaux devraient débuter à l'automne.