À une semaine du coup d’envoi des vendanges dans l’appellation Bandol, le nouveau président de l’Organisme de défense et de gestion (ODC) des vins de Bandol, Pascal Coureit, prévoit « une jolie récolte, en quantité suffisante qui tournera autour de 50 000 hectolitres ». Ce volume, stable depuis deux ou trois ans, confirme une tendance positive malgré un contexte climatique de plus en plus contraignant.
Des vendanges de plus en plus précoces
Le constat est sans appel : en 30 ans, les vendanges ont avancé de 30 jours. « On avance les vendanges d’un jour par an », souligne Pascal Coureit. Il y a trois décennies, elles débutaient le 15 septembre ; aujourd’hui, elles commencent le 15 août. Dans l’appellation, le coup d’envoi devrait être donné la semaine prochaine, après que quelques parcelles ont déjà été vendangées à la marge.
Ce phénomène est directement lié au réchauffement climatique. Pour le mesurer, les vignerons ont déployé il y a huit ans un système de sondes sur dix-sept parcelles (une vingtaine d’hectares). Le suivi régulier de l’hydrométrie du sol permet de déterminer l’évolution de la vigne et d’anticiper le moment où le stress hydrique bloque sa croissance. En outre, 14 stations météo ont été implantées sur le territoire de l’appellation.
Un millésime prometteur malgré la chaleur
Les relevés récents montrent qu’après les pluies de juin, l’hydrométrie est bonne. Cependant, les fortes chaleurs limitent la production d’acide malique, ce qui bloque la maturité des raisins. « On sait que la maturité sera impactée et que cela va un peu jouer sur la qualité du millésime », explique Pascal Coureit. Mais globalement, il table sur « une bonne année », avec une récolte de 50 000 hectolitres.
L’irrigation, défendue par l’ODG, est désormais autorisée sur certaines parcelles depuis trois ans, alors qu’elle était jusqu’alors interdite par le cahier des charges du bandol. Le dispositif, réservé à une petite trentaine d’hectares sur les 1 600 de l’appellation, est complexe à mettre en œuvre. Les vignerons doivent déployer un système mobile sur des coteaux « difficiles » et « compliqués », et uniquement en cas de nécessité absolue.
Préparer l’avenir face au climat
Les enjeux pour l’appellation sont multiples : maintenir les volumes de production et de commercialisation, trouver un équilibre face au marché, et s’adapter. Une légère augmentation de la production de vin blanc a d’ailleurs été observée. Pour l’avenir, le changement climatique est « placé sous haute surveillance ». Des parcelles expérimentales testent de nouveaux cépages, notamment des cépages grecs ou italiens, en complément du mourvèdre, cépage roi de l’appellation, adapté aux climats chauds. « C’est compliqué à mettre en place », reconnaît Pascal Coureit, car il faut trouver des parcelles adaptées.
La vigne, qui pousse désormais avec un mois d’avance, subit plus durement les gelées de mars ou avril. « Avant ça gelait sans conséquence », note-t-il. Il est nécessaire de se préparer à une hausse des températures pouvant atteindre 3 degrés en 2030. Enfin, la conjoncture économique est difficile : le prix du carburant et surtout celui de l’électricité augmentent fortement. Pour produire du rosé, il faut en effet refroidir les caves, « comme si on mettait des climatiseurs dans les cuves », illustre le président.



