En Inde, des milliers de travailleurs participent à l'entraînement des intelligences artificielles en filmant leurs gestes du quotidien, une activité qui révèle un paradoxe saisissant entre précarité et progrès technologique, rapporte Le Monde.
Des gestes filmés pour nourrir les algorithmes
Ces travailleurs, souvent issus de zones rurales ou de milieux défavorisés, enregistrent des vidéos de leurs activités courantes, comme cuisiner, jardiner ou réparer des objets. Ces séquences sont ensuite utilisées pour apprendre aux IA à reconnaître et reproduire des actions humaines. Selon Le Monde, ce phénomène concerne des milliers de personnes en Inde, où l'industrie technologique recrute massivement pour alimenter ses bases de données.
L'un des témoins cités par le journal, un travailleur nommé Ravi, explique : « Je suis en train de scier la branche sur laquelle je suis assis. » Cette phrase illustre le paradoxe de ces emplois : les travailleurs contribuent à développer des technologies qui pourraient, à terme, remplacer leur propre main-d'œuvre.
Un paradoxe entre précarité et essor technologique
Le Monde souligne que ces travailleurs sont rémunérés pour leurs efforts, mais à des tarifs très bas, souvent inférieurs au salaire minimum local. Ils effectuent des tâches répétitives et parfois physiquement exigeantes, sans aucune protection sociale. Le journal note que cette main-d'œuvre bon marché est essentielle pour les entreprises d'IA, qui ont besoin de données humaines pour améliorer leurs algorithmes.
Le paradoxe est frappant : les travailleurs indiens aident à créer des IA qui pourraient automatiser des emplois similaires dans le monde entier, y compris les leurs. Selon l'article, certains experts estiment que ce modèle de travail est un exemple de l'exploitation dans l'économie numérique, où les bénéfices sont concentrés dans les entreprises technologiques, tandis que les risques et la précarité sont supportés par les travailleurs.
Un phénomène mondial mais concentré en Inde
Le Monde précise que ce phénomène n'est pas unique à l'Inde, mais le pays en est un épicentre en raison de sa population nombreuse, de ses coûts de main-d'œuvre bas et de son infrastructure numérique en développement. Les entreprises d'IA, y compris des géants américains, sous-traitent ce travail à des intermédiaires indiens qui recrutent des travailleurs via des plateformes en ligne.
Le journal cite un rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) qui estime que des millions de personnes dans le monde effectuent ce type de travail, souvent sans reconnaissance ni droits. En Inde, le gouvernement n'a pas encore réglementé ce secteur, laissant les travailleurs dans une zone grise juridique.
Un avenir incertain pour les travailleurs de l'IA
L'article conclut que ces travailleurs sont conscients de la fragilité de leur situation. Ils savent que leurs emplois pourraient disparaître dès que les IA seront suffisamment avancées pour ne plus avoir besoin de leurs données. Pourtant, beaucoup continuent, faute d'alternatives. Le Monde rapporte que certains travailleurs espèrent que cette expérience leur permettra d'acquérir des compétences numériques pour trouver un meilleur emploi, mais les perspectives restent limitées.



