Le marché de l’emploi des cadres reste morose en France. Selon les dernières prévisions de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), publiées mardi 25 août, les recrutements de cadres devraient encore diminuer en 2026, avec une baisse attendue de 5 % par rapport à 2025, soit environ 15 000 postes en moins. Cette contraction s’inscrit dans un contexte économique incertain, marqué par une croissance atone et des secteurs qui réduisent leurs effectifs.
Une baisse qui se confirme après plusieurs années difficiles
L’Apec table sur environ 285 000 embauches de cadres en 2026, contre 300 000 en 2025. Cette prévision confirme une tendance baissière amorcée en 2024, après un pic historique en 2023. Les secteurs les plus touchés sont l’industrie, la construction et les services aux entreprises, qui représentent une part importante des recrutements de cadres. En revanche, les secteurs de la santé, de l’informatique et des télécommunications devraient se montrer plus résilients, avec des besoins en recrutement qui se maintiennent.
« Les entreprises restent prudentes dans leurs recrutements, dans un environnement économique peu porteur », explique Gilles Gateau, directeur général de l’Apec. « Elles privilégient les remplacements et les postes clés, au détriment des créations de postes. » Cette prudence se reflète dans les intentions d’embauche des entreprises, qui sont en baisse pour la troisième année consécutive.
Des disparités régionales et sectorielles marquées
Les disparités régionales sont également marquées. L’Île-de-France, qui concentre environ 40 % des emplois de cadres, devrait connaître une baisse plus prononcée que la moyenne nationale, avec une diminution de 7 % des recrutements. En revanche, certaines régions comme l’Occitanie et les Pays de la Loire pourraient voir leurs embauches se stabiliser, grâce à des dynamiques locales plus favorables.
Les jeunes diplômés sont particulièrement touchés par cette dégradation. Leur taux d’insertion professionnelle, mesuré six mois après l’obtention du diplôme, est en recul de 3 points par rapport à 2025. « Les jeunes cadres sont les premiers affectés par la baisse des recrutements, car ils sont souvent les derniers embauchés et les premiers à subir les réductions d’effectifs », précise Gilles Gateau.
Des perspectives contrastées pour les cadres expérimentés
Pour les cadres expérimentés, la situation est plus contrastée. Les profils recherchés restent ceux liés à la transition numérique et à la décarbonation de l’économie, avec des besoins en ingénieurs et en experts techniques. En revanche, les fonctions support, comme les ressources humaines ou la communication, sont moins demandées. Les salaires proposés, quant à eux, restent stables en moyenne, avec une légère hausse de 1 % prévue en 2026, après une année 2025 marquée par une stagnation.
L’Apec souligne également que la mobilité interne des cadres, c’est-à-dire les changements de poste au sein d’une même entreprise, est en hausse, ce qui pourrait atténuer l’impact de la baisse des recrutements externes. Les entreprises cherchent à fidéliser leurs talents et à les faire évoluer en interne, plutôt que d’embaucher de nouveaux profils.
Des perspectives à moyen terme incertaines
À moyen terme, les perspectives restent incertaines. L’Apec prévoit une stabilisation des recrutements à partir de 2027, si la croissance économique repart. Mais cela dépendra de facteurs externes, comme la situation géopolitique et les politiques économiques menées. En attendant, les cadres sont invités à diversifier leurs compétences et à se former aux métiers d’avenir, notamment dans le numérique et la transition écologique.
Le gouvernement, de son côté, a annoncé des mesures pour soutenir l’emploi des cadres, notamment via le plan de relance et des aides à l’apprentissage. Mais ces dispositifs ne suffiront pas à inverser la tendance à court terme. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’ampleur de la dégradation du marché de l’emploi des cadres en France.



