Une nouvelle vague de manifestations communes entre lycéens, étudiants et enseignants est prévue ce mardi 13 octobre, alors que la grogne ne faiblit pas face aux mesures annoncées pour remplacer les enseignants manquants, dont la mise en œuvre reste très floue. À Montpellier, les organisateurs espèrent une mobilisation au moins aussi forte que celle du 6 octobre, qui avait rassemblé 10 000 manifestants dans la ville et près de 2 000 à Nîmes.
Un mouvement qui s'élargit aux enseignants
Le mouvement national, qui avait débuté avec les lycéens, est désormais rejoint par les étudiants et les enseignants. Les revendications portent sur les remplacements des enseignants absents, la suppression de Parcoursup et la rénovation du bâti scolaire. Sur la plateforme ministérielle ouverte la semaine dernière pour recueillir les doléances des lycéens, les emplois du temps surchargés arrivent en tête des sujets de grogne.
« On peut espérer une plus forte mobilisation chez les enseignants et personnels de l’Éducation vu le caractère professionnel que prend cette fois notre appel à la grève », espère Jordan Homps, du Snes-FSU 34. « Les lycéens et étudiants annoncent une grosse mobilisation et des blocages. Une prise de parole et un parcours allongé sont prévus à Montpellier pour signifier la portée des revendications communes. »
Des annonces ministérielles jugées floues
Au cœur des revendications, les remplacements d’enseignants. Le ministère avait annoncé la semaine dernière la mobilisation de 3 000 personnels encore non affectés. L’académie de Montpellier affirme qu’aucun lycée de la région n’est classé en zone rouge ou orange à ce niveau et que 99,5 % de ses heures d’enseignements sont assurées. Elle ajoute qu’environ 60 enseignants du vivier de remplaçants encore non mobilisés ont été affectés sur des postes manquants depuis les annonces ministérielles.
Les syndicats d’enseignants craignent un vaste « bricolage » sur la question. « On ne peut pas sortir 3 000 remplaçants comme ça au niveau national. À moins d’envoyer des enseignants du vivier de remplaçants en dehors de leur zone géographique ou sur une autre discipline que la leur, s’inquiète Mathieu Marchal, secrétaire du syndicat FO collèges et lycées dans l’Hérault. De telles dérogations ne peuvent se faire que sur la base du volontariat, sinon elles contreviennent au décret de 2014. Nous craignons des pressions sur certains collègues déjà précarisés. »
La crainte d'une « boîte de Pandore »
« Si le ministre touche à ces textes et oblige des remplaçants à faire 400 bornes dans leur académie, il ouvre une boîte de Pandore », prévient Karim El Ouardi, président académique du Snalc, seul syndicat à ne pas se joindre à l’appel à la grève. Il déplore également que « de nombreux lycées soient bloqués par une poignée d’élèves qui empêche, parfois violemment, la majorité de pouvoir accéder au cours, c’est gravissime dans un état de droit ».
Le ministre Édouard Geffray avait aussi évoqué l’embauche d’une centaine de contractuels de plus par académie et un recours plus massif aux pactes enseignants, ces modules d’heures supplémentaires permettant à des professeurs de remplacer des collègues d’un même établissement absents pour moins de 14 jours et d’effectuer d’autres tâches comme du soutien. Des pactes qui avaient été divisés par six par endroits entre 2024 et 2026.
18 000 pactes supplémentaires attendus ?
« Selon nos informations, 18 000 pactes enseignants supplémentaires vont être débloqués lundi prochain au pied levé au niveau national », révèle Karim El Ouardi. Soit une rallonge d’un peu plus de 20 millions d’euros sur un budget pactes initialement prévus à 480 millions pour l’année. Rien de confirmé par le rectorat de Montpellier de ce côté. Les académies semblent avoir du mal à suivre le calendrier d’urgence réclamé par le ministre, qui attend les vacances de fin de semaine comme une énorme bouffée d’oxygène.