Streaming : allié inattendu de la lecture, selon une étude
Streaming : allié inattendu de la lecture, étude

Les plateformes de streaming, souvent accusées de détourner les jeunes de la lecture, pourraient en réalité la stimuler. Une étude NielsenIQ BookData, commandée pour l'occasion, révèle que les adaptations en série ou en film agissent comme un puissant booster de ventes pour les livres dont elles sont issues. Netflix organise d'ailleurs son premier Book Festival à Paris du 16 au 18 octobre, en partenariat avec le Centre National du Livre (CNL), tandis que Prime Video a lancé son Book Club Café il y a quelques mois.

Des hausses de ventes spectaculaires

L'exemple le plus frappant est celui de la série La Chronique des Bridgerton. Selon Fabien Rondeau, responsable du livre chez NielsenIQ, « en 2020, les livres étaient peu connus ou avaient connu un succès commercial plus limité. Mais l'adaptation a fait effet de révélation. Au moment de la sortie, les ventes ont été multipliées par 117. » Les romans de Julia Quinn ont ainsi été remis sous les projecteurs grâce à l'adaptation.

Ce phénomène ne se limite pas à Bridgerton. Lupin a relancé Arsène Lupin comme jamais. Plus récemment, des titres comme The Summer I Turned Pretty, A Good Girl's Guide to Murder ou People We Meet on Vacation ont enregistré des hausses de ventes allant de 500 % à plus de 1 000 % dans les semaines suivant leur sortie sur les plateformes.

L'écran comme porte d'entrée vers le livre

L'écran agit comme une porte d'entrée : le spectateur découvre des personnages, s'attache à leur histoire, puis cherche à prolonger l'expérience en ouvrant le livre. Cécilia, 25 ans, témoigne : « J'avais totalement arrêté de bouquiner à la fin du collège puis Bridgerton m'a donné envie de m'y remettre et d'avoir plus de détails sur l'univers. Depuis j'ai toujours un livre dans mon sac ou chargé sur ma liseuse… Sans oublier que je suis beaucoup de créateurs de contenus sur les réseaux sociaux. » Le roman devient alors un moyen de retrouver un univers familier tout en découvrant des scènes, des pensées ou des détails que l'adaptation n'a pas pu conserver.

Pour les professionnels du livre, l'adaptation est une nouvelle aubaine pour relancer la lecture chez les plus jeunes. Entre 2017 et 2026, sur 58 adaptations disponibles sur les plateformes, plus de huit sur dix s'accompagnent d'un pic de ventes des livres dont elles sont issues. Régine Hatchondo, présidente du Centre national du livre, souligne : « Dans nos études sur la lecture, on constate que 33 % des jeunes de 16-19 ans ne lisent plus. Donc tout ce qui peut contribuer à leur donner envie de replonger dans un récit écrit nous semble extrêmement important dans notre politique pour la lecture. »

Netflix ne remplace pas le livre

Pauline Dauvin, vice-présidente de Netflix France, estime que « ces adaptations en série ou en film donnent envie, particulièrement aux jeunes, de lire ou de relire des œuvres littéraires ». Elle précise : « Nous avons à cœur de recevoir des scénaristes, des réalisateurs et des réalisatrices qui viennent nous présenter des adaptations. Nous savons que les abonnés de Netflix sont très friands d'adaptations littéraires. »

Fabien Rondeau, qui a analysé les comportements des amateurs d'adaptation, conclut : « Ce n'est pas parce qu'on va regarder des séries sur Netflix qu'on va s'arrêter de lire. En fait, Netflix ne remplace pas le livre, la plateforme va plutôt nourrir la lecture. On a remarqué que 83 % des grands acheteurs de livres ou des grands lecteurs, c'est-à-dire ceux qui consomment plus de 20 livres par an, sont aussi ceux qui consomment le plus de programmes à la demande. » Les séries et les films ne font peut-être pas lire tout le monde, et pas toujours en profondeur, mais ils ramènent clairement certains lecteurs vers les librairies. L'étude invite à considérer les plateformes comme un levier pour la politique de lecture publique, notamment auprès des jeunes générations.