À Rome, la « nonna en vitrine » : un marketing qui trompe les touristes
À Rome, la « nonna en vitrine » : un marketing trompeur

Rome (Italie) attire des millions de touristes chaque année, séduits par ses monuments, ses ruelles pittoresques et sa cuisine réputée. Pour convaincre les clients de pousser leurs portes, certains restaurants ont trouvé une méthode marketing originale : la « nonna en vitrine », soit une grand-mère souvent vêtue de blanc qui pétrit et taille de la pâte fraîche sous les yeux des passants, rapporte le Washington Post.

Une scène typique mais trompeuse

Cette scène, qui paraît typique, est souvent immortalisée par les touristes, qui alimentent ensuite leurs réseaux sociaux. Subjugués par cette authenticité, ils entrent parfois dans le restaurant. Précisément le but recherché par ce dernier. Mais ce décor bien rodé ne garantit pas la qualité des assiettes. Certains parlent même de tromperie.

Une fausse authenticité

Dans la plupart des cas, cette démonstration de la nonna sert surtout d’argument de vente, qui va avec des prix souvent gonflés. Comme l’explique la guide culinaire spécialiste de Rome, Katie Parla : « On leur sert un spectacle soigneusement mis en scène. C’est très photogénique. Cela reproduit ce que les gens perçoivent comme étant authentique. »

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Marcello Bettozzi, copropriétaire du restaurant Come 'na Vorta, assume la dimension commerciale du procédé : « C’est du marketing, bien sûr. » Pour lui, exposer la fabrication des pâtes permet de valoriser un savoir-faire souvent sous-estimé et de montrer ce qui se passe en coulisses dans des établissements ouverts sept jours sur sept. Un argument que balaie Katie Parla, puisque la cuisine romaine traditionnelle repose sur les pâtes sèches. Sur les quatre grandes recettes emblématiques de la capitale — carbonara, gricia, amatriciana et cacio e pepe — seule cette dernière se prépare habituellement avec des pâtes fraîches, précise le Washington Post.

Une Italie qui n’existe plus

La chercheuse en histoire de l’alimentation Karima Moyer-Nocchi offre une lecture plus anthropologique du phénomène. Les restaurateurs jouent sur le concept d’Italianità (l’essence de l’identité italienne) en vendant une image romantique, presque folklorique, d’une Italie immuable qui n’existe plus.

Ce phénomène s’inscrit dans une tendance plus large du tourisme gastronomique mondial, précise le quotidien américain, qui met en avant des spectacles culinaires en direct, comme les pizzaïolos qui lancent la pâte en l’air ou les chefs japonais. Pour autant, même si ces restaurants se laissent aller à un marketing mensonger, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de très bonnes tables. Certains obtiennent de très bonnes notes sur Google et ont une vraie réputation.

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