Dans les archives, on connaissait le renard voleur de poules, voici le renard voleur de boules. À Saint-Vincent-de-Connezac, en Dordogne, un couple vient de se faire dérober une vingtaine de boules de pétanque par un goupil nocturne. Un fait divers insolite et amusant, qui réveille pourtant un vieux souvenir dans le Sud-Ouest : il y a quatorze ans, dans le Gers, un phénomène identique avait déjà défrayé la chronique.
Retour sur cette affaire
Retour au printemps 2012 : Patrice Cazes, un habitant de la commune de Belmont dans le Gers, amateur de pétanque, remarque la disparition progressive de son matériel de jeu. Laissées sur son terrain privé, les boules se volatilisent nuit après nuit. « C’est toujours la même histoire ! » En l’espace de deux mois, le préjudice devient lourd : trente-huit boules disparaissent sans laisser la moindre trace.
Face à la récurrence de la situation, l’incompréhension s’installe. Le vol de métaux étant courant, les premiers soupçons se portent logiquement vers une intervention humaine. Le climat dans le voisinage s’alourdit et chacun s’interroge sur l’identité du mystérieux cambrioleur qui s’infiltre dans les jardins à la nuit tombée.
Un voleur pas comme les autres
Décidé à faire toute la lumière sur ces larcins, le propriétaire installe discrètement une caméra de surveillance équipée d’une vision infrarouge, braquée directement sur son boulodrome personnel. Le visionnage des vidéos le laisse alors sans voix et vient innocenter l’ensemble du voisinage. Le voleur ne se déplace pas sur deux, mais sur quatre pattes. Les images nocturnes montrent distinctement un jeune renard s’introduire sur la propriété, saisir l’une des lourdes boules entre ses mâchoires, puis s’évanouir dans l’obscurité.
La révélation du coupable provoque un soulagement général mais amuse surtout les habitants de Belmont. L’histoire fait rapidement le tour de la région et attire l’attention des médias.
Face à l’engouement suscité par ce comportement insolite, le monde de la chasse décide de réagir avec clémence. Le président de la société locale prend la parole pour annoncer que l’animal sera épargné. « Celui-là, on va le gracier », promet-il publiquement pour rassurer les Belmontais. Des recherches pacifiques sont tout de même entreprises pour tenter de localiser le terrier et récupérer le matériel, mais elles s’avèrent vaines. Le renard gersois reste introuvable, emportant définitivement avec lui le secret de sa cachette.
L’illusion de l’œuf géant
Selon les experts, le renard les confond tout simplement avec de gros œufs. Le poids ne le dérange pas du tout : une boule de pétanque pèse au maximum huit cents grammes, ce qui est facile à porter pour un animal habitué à transporter des proies de cinq kilos comme des oies ou des lapins. Très obstiné, le goupil ramène son butin dans son terrier pour le dévorer. Même s’il finit par comprendre que ce faux œuf est immangeable, son instinct le pousse à revenir inlassablement retenter sa chance les nuits suivantes. C’est sans doute ce même instinct naturel qui pousse aujourd’hui un autre renard à sévir en Dordogne, quatorze ans après le mystère de Belmont.
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