Éducation financière : entre besoin des épargnants et enjeux politiques
Éducation financière : épargnants et enjeux politiques

À en croire les professionnels - banquiers, gérants, assureurs… -, les Français manqueraient cruellement de culture financière. Si le constat n'est pas totalement erroné, il est parfois utilisé comme un mantra pour alimenter les intérêts des sociétés financières davantage que ceux des épargnants. Le Français n'est peut-être pas très féru d'intérêts composés mais il dispose d'un certain bon sens. Après s'être vu vendre des supports bilanciels pour renforcer les fonds propres des banques, des produits structurés frelatés pour doper les commissions des conseillers ou encore des assurances-vie ultra-chargées pour faire vivre les banques privées, il ne sait plus à quel sein se vouer. À défaut, il préfère se reporter sur le livret A, fiable et sans (mauvaise) surprise à défaut d'être performant. L'éducation financière se fera par un discours de vérité, des pratiques professionnelles et des placements de qualité, ou ne se fera pas.

Un besoin d'éducation financière exprimé par les épargnants

L'éducation financière est un sujet d'intérêt pour tous. À commencer par les premiers concernés : les épargnants. Selon le baromètre 2026 de l'Observatoire SPAK-OpinionWay, 95 % des Français souhaitent mieux comprendre les questions économiques et financières. Les motivations principalement évoquées par les répondants révèlent la crainte de prendre de mauvaises décisions (50 %) ou de se faire arnaquer (43 %) mais aussi l'envie de gagner en autonomie (40 %). Les plus jeunes osent même évoquer l'envie de s'enrichir ! L'accès à l'information facilité par les réseaux sociaux et la digestion de cette dernière simplifiée par les outils d'intelligence artificielle ouvrent la voie à une nouvelle dynamique en la matière. À condition de garder un regard critique et de faire confiance aux bonnes personnes.

Trier le bon grain de l'ivraie

Mais les particuliers ne sont pas les seuls à s'intéresser au sujet : les professionnels se sont aussi engouffrés dans la brèche. Par conviction, par nécessité ou par opportunisme. Derrière la puissance de diffusion des acteurs privés, il est plus que jamais nécessaire de trier le bon grain de l'ivraie pour mettre de côté les propos orientés par le marketing. Enfin, la puissance publique n'est pas absente du débat, notamment au travers de sa stratégie d'éducation économique, budgétaire et financière confiée à la Banque de France, mais pas que. Car l'éducation financière reste aussi un sujet profondément politique, comme le démontre le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité européenne. Ce dernier, publié en septembre 2024, met en évidence un véritable mur d'investissement, avec des besoins estimés entre 750 et 800 milliards d'euros par an afin de relancer la croissance européenne, réindustrialiser le continent et restaurer notre souveraineté économique. En l'absence de fonds publics suffisants, le fléchage de l'épargne vers les domaines ayant des besoins de financement y est évoqué.

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Reste à savoir si l'éducation financière et, in fine, l'épargne individuelle, doivent servir cet objectif collectif. "L'épargne des Français ne peut être vue comme un simple agrégat économique, soulignait Philippe Setbon, président de l'Association française de la gestion financière (AFG), dans L'Express en novembre 2024. C'est la propriété individuelle des ménages, qui se répartissent entre diverses catégories d'épargnants (jeunes, salariés, professions libérales, retraités) avec des objectifs différents et à qui il faut proposer les solutions d'épargne qui leur conviennent."

Un retour aux bases indispensable pour se forger une culture patrimoniale. Ce dossier abordera quelques-unes des questions, nombreuses, qui jalonnent la vie de l'épargnant.

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