Des sculptures qui semblent avoir germé dans le sol, des installations façonnées par le vent, la lumière ou la croissance des végétaux : l'art contemporain n'est plus seulement inspiré par la nature, il se construit désormais avec elle. Le phénomène n’est pas neuf, mais, face aux nouveaux défis environnementaux, ces dernières années, de plus en plus d'artistes européens explorent les ressources du vivant pour inventer des œuvres moins extractives, plus sensibles aux équilibres écologiques et aux rythmes naturels. Bois, terre, fibres végétales, graines, feuillages ou matériaux biodégradables deviennent ainsi les matières premières de ces constructions, souvent regroupées sous le terme d’écocréation, qui évoluent, se métamorphosent, voire disparaissent au fil des saisons.
Le cycle Art & Nature à la Bambouseraie
Le cycle d’expositions Art & Nature, proposé chaque année à la Bambouseraie en Cévennes, s’inscrit pleinement dans cette dynamique, avec, pour l’édition 2026, quatre plasticiens reconnus qui ont choisi l’emblématique jardin cévenol comme terrain de jeu. À partir d'une branche tombée du magnolia centenaire du site, Simon Augade imagine une sculpture, posée sur une structure cubique, qui transforme un épisode naturel en symbole de régénération. Plus loin, Constance Fulda fait de l’arbre un véritable coauteur en révélant sur le papier, grâce à une technique de frottage japonaise, leur mémoire intime. Dans cette Calligraphie, l’écorce devient alors la matrice de l’écriture.
Ursula Caruel et le tapis végétal
Avec La terre est notre maison, Ursula Caruel s’inspire, quant à elle, des rhizomes de bambou et de la construction des cabanes pour composer un tapis végétal de bois coloré. Une installation qui interroge notre façon d’habiter cette grande maison commune qu’est la nature. Enfin, au détour d’une allée, les tiges de bambou du Continuum de Karine van der Molen, une sculptrice hollandaise, semblent s'affranchir des vases en céramique bleue qui les accueillent pour questionner le fragile équilibre entre contrainte et imagination.
Un écho avec Yann Arthus-Bertrand
Dans un parc confronté chaque jour aux enjeux climatiques, cette rencontre entre écosystème et création prend une résonance particulière, rappelant combien la question environnementale irrigue aujourd’hui les imaginaires comme les pratiques artistiques. Une réflexion qui trouve un écho dans une autre exposition présentée en parallèle sur le domaine : La Terre vue du ciel, de Yann Arthus-Bertrand. Parrain du 170e anniversaire de la Bambouseraie, le photographe et militant écologiste pose son regard sur la beauté des paysages autant que sur la fragilité de notre planète, contribuant au récit d’une nature à admirer, mais surtout à préserver.



