À un mois du début des vendanges, Jérôme Castillon, vice-président de l’AOC Costières de Nîmes et vigneron au château l’Ermite d’Auzan, se montre plutôt jovial et rassurant. Les vendanges dans le Gard débuteront aux alentours du 15 août 2026, soit plus tard que prévu initialement.
Une précocité devenue la norme
« Dès le mois d’avril, nous pensions commencer les vendanges dès le 5 août », explique Jérôme Castillon. La douceur de l’hiver a provoqué un débourrement rapide de la vigne. Le syndicat avait même avancé les vacances du personnel pour démarrer le 3 août. Mais les fortes chaleurs de ces derniers jours ont changé la donne. « Nous avons perdu les dix jours d’avance que l’on avait en avril pour retourner à un début de vendange prévu autour de la mi-août. »
« Cette année reste une année précoce pour les vendanges, mais elle n’est pas exceptionnelle », insiste-t-il. Il y a dix ans, les vendanges commençaient en septembre. Aujourd’hui, la précocité devient la norme.
Pourquoi la chaleur ralentit la vigne
Contrairement aux idées reçues, les fortes chaleurs n’accélèrent pas le mûrissement. « Lorsque l’on regarde l’épiderme d’une feuille, il y a des alvéoles où se produit la photosynthèse. Avec les excès de chaleur, la vigne ferme ces petites chambres pour se protéger, et le processus de photosynthèse s’arrête », détaille Jérôme Castillon. Au-dessus de 30 °C, la vigne s’économise, ce qui ralentit sa floraison. « C’est comme un être humain : à 35 ou 40 °C, on reste à l’ombre à faire la sieste. Pour la vigne, c’est pareil. »
Les canicules de juin ont ainsi repoussé la date des vendanges. Malgré tout, « aujourd’hui, même avec le temps chaud, la vigne arrive encore à pousser, mais un peu plus lentement ».
Des sols profonds qui préservent l’humidité
Dans le secteur des Costières de Nîmes, les vignes ne souffrent pas de la sécheresse. « Les sols sont très profonds, les racines descendent jusqu’à dix mètres. Elles trouvent toujours un peu d’humidité », précise le vigneron. Grâce à un hiver pluvieux, les vignes s’hydratent encore dans les nappes phréatiques.
Une sérénité mesurée face aux orages
Jérôme Castillon se dit « très serein » : « Il n’y a aucune maladie dans le vignoble et la qualité du raisin est bonne. » Sa seule inquiétude concerne les orages violents et la grêle. « Si l’on a un épisode comme en Ardèche dans les jours prochains, nous perdons toute notre récolte. Et là, vous avez un travail de toute une année réduit en miettes… »
« Un vigneron n’est jamais totalement confiant ; il est rassuré une fois que ses raisins sont récoltés au chaud dans sa cave. Mais pas avant. »



