Soubès : l'histoire du pain en sept siècles, une boulangerie en projet
Soubès : l'histoire du pain en sept siècles, une boulangerie en projet

Soubès, petit village de l'Hérault fort de 980 habitants, s'apprête à renouer avec une tradition vieille de sept siècles : la fabrication du pain sur place. Alors qu'aucun boulanger n'y est établi depuis 60 ans, le projet porté par Alexis Dorions, 26 ans, titulaire d'un CAP de boulanger-pâtissier, pourrait aboutir à une ouverture en 2027. Retour sur une histoire riche, marquée par le four banal, les boulangers d'antan et les dépôts de pain.

Du four banal aux boulangeries privées

L'histoire du pain à Soubès commence dès le XIIIe siècle avec le four banal, situé à la montée du château. Les habitants y apportaient leur pâte et payaient une redevance pour cuire leur pain. Selon l'historien Francis Moreau, le dernier propriétaire de ce four fut Henry Combettes de la Fajolle. La Révolution française abolit ce droit seigneurial, ouvrant la voie à la construction de fours privés par des particuliers.

Cette libéralisation permit l'émergence de plusieurs boulangers. En 1806, on comptait ainsi cinq boulangers à Soubès, alors que la population atteignait 724 âmes. Mais dès 1837, ils n'étaient plus que deux : Pierre Gros, installé dans la Coural, et Jean-Baptiste Tarret, dont le four se trouvait rue Pécoule, à l'emplacement de l'ancien bureau de poste.

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La guerre et l'exode rural bouleversent la donne

La Première Guerre mondiale marque un tournant. Pendant le conflit, le pain était cuit dans un four municipal géré par la commission de ravitaillement, comme le rapporte l'instituteur Jean-Antoine Sauzet. Ce dernier notait en 1919 : « Nous n'avons jamais manqué de pain et son prix a toujours été aussi bas que possible, souvent inférieur à Lodève. »

Les pertes humaines de la guerre et l'exode rural qui s'ensuit font chuter la population à 405 habitants en 1954. Le boulanger de l'époque, Denis Milhaud, dit « le Mitron », est installé dans la Coural. Les anciens se souviennent : « C'était Marie-Lou qui servait et lui fabriquait des croquants délicieux. » Hélas, Denis Milhaud sera le dernier boulanger du bourg : il baisse le rideau en 1959 et s'expatrie.

Des dépôts de pain et des tournées pour pallier l'absence

Après le départ de Denis Milhaud, les épiceries locales assurent le dépôt de pain, fourni par les boulangeries de Lodève. Plus tard, le regain de population incite Jean-Pierre Sancho, de Lodève, à créer une tournée dans les quartiers, en complément du pain de Louis Caumes, disponible chez la dernière épicière, Gisèle Pujol. Cette tournée s'arrête en décembre 2016, à la fermeture de la boulangerie André, successeur de Sancho dans le fournil éponyme de la Grand-rue à Lodève, fondé au début du XXe siècle.

Aujourd'hui, la distribution du pain pour les 980 habitants est assurée par l'épicerie locale « Chez Camille ». Une solution qui ne remplace pas une véritable boulangerie, source de dynamisme et de lien social pour la commune.

Un projet de boulangerie porté par un jeune du village

C'est dans ce contexte qu'Alexis Dorions, neveu de Denis Milhaud, a présenté son projet le 29 juin dernier en mairie, lors d'une rencontre publique. Le jeune homme, qui exerce actuellement dans un supermarché à Lodève, a dévoilé le concept qu'il imagine et pour lequel il a monté des dossiers. L'ouverture est espérée pour 2027.

Ce retour d'une boulangerie serait un événement considérable pour Soubès, qui n'a plus connu de fournil depuis six décennies. Il s'inscrit dans une volonté de redynamiser le village et de préserver son patrimoine immatériel, celui du pain, qui a rythmé la vie des habitants pendant des siècles.

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