Oignons doux des Cévennes : une filière rémunératrice pour maintenir la ruralité
Oignons doux des Cévennes : une filière pour la ruralité

« Pour que les gens restent ici, accrochés à leurs montagnes, il faut que cette filière vive ! » s'exclame Philippe Boisson, président de la coopérative Origine Cévennes. Les oignons doux viennent d'être repiqués et seront récoltés fin août. Cette culture rémunératrice est un pilier de l'économie locale.

Une coopérative pour organiser la filière

Basée à Saint-André-de-Majencoules, la coopérative Origine Cévennes a été créée en 1991 dans le but d'organiser la filière de A à Z et de permettre aux producteurs de vivre dignement de leur travail. Vingt-cinq ans plus tard, cet objectif reste central. L'oignon doux, protégé par une AOP, demeure une production incitative et rémunératrice, à condition que les conditions météorologiques et sanitaires soient favorables.

« L'AOP couvre un territoire de 32 communes », explique Philippe Boisson. « D'une production familiale, nous sommes passés à une structure organisée avec 17 salariés en saison. Aujourd'hui, nous réunissons une soixantaine d'agriculteurs sur 35 hectares, pour un volume d'environ 2 000 tonnes. Nous avons atteint 45 hectares par le passé, mais les inondations de 2020 et les sécheresses ont découragé certains. Malgré tout, notre conseil d'administration est jeune : à 50 ans, je suis le plus âgé, ce qui est rare dans la coopération agricole. »

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Des contraintes importantes

Le parcellaire est extrêmement morcelé, avec 2 500 terrains. « On pourrait croire à du jardinage ! Mais notre filière est autonome et rémunératrice malgré des contraintes énormes », souligne Philippe Boisson. Il évoque le coût de la main-d'œuvre manuelle, car l'oignon doux est fragile et supporte mal la mécanisation, ainsi que la question de l'eau. Dans une région aux épisodes cévenols intenses, les agriculteurs demandent de petites retenues proches des parcelles, sans impact sur les cours d'eau.

« Si l'on veut que les gens restent dans ce territoire, accrochés à nos montagnes, il faut que cette filière vive ! C'est une valeur sûre. Quand l'oignon va bien, l'artisanat et le commerce vont bien aussi », insiste-t-il.

Un modèle économique pour le territoire

Le développement économique du territoire était la motivation des fondateurs il y a 25 ans. Nicolas Escand, ancien membre de la coopérative, aujourd'hui exploitant à Mandagout, se souvient : « À l'époque, nous voulions que les producteurs se rassemblent pour maîtriser la distribution et la rémunération, organiser la filière et obtenir l'AOP. Dans notre région déshéritée, ce n'était pas rien. Je voulais lutter contre le déclinisme ! Aujourd'hui, malgré les difficultés d'installation, nos terres ont retrouvé une certaine valeur. »

Passé en agriculture bio il y a six ans, tandis que son épouse poursuit une partie de l'exploitation en conventionnel, Nicolas Escand reste lucide : « Le bio est plus compliqué. Il faut planter dans des conditions optimales, car en cas de maladie, il n'y a pas de solution. On est attentif à tout : pas de fonds de vallées humides, mais plutôt des flancs de coteaux, et des alternances de cultures comme l'exige l'agriculture biologique. Je me suis diversifié avec des courgettes, pommes de terre, châtaignes... L'oignon doux bio se vend plus cher, mais ce qui me plaît, c'est de revenir aux méthodes des anciens, même si c'est plus risqué. »

Le désherbage manuel, malgré le paillage plastique ou en toile perforée, est plus coûteux que l'utilisation d'herbicides, même raisonnée. C'est un frein au passage en bio, qui se conçoit donc sur de plus petites surfaces. « La coopérative n'y survivrait pas », assure Philippe Boisson, qui cultive par ailleurs des pommes en bio. Face au changement climatique, les arboriculteurs cévenols ont ajouté de nouvelles variétés de pommes plus résistantes à la chaleur, une adaptation nécessaire à la survie économique.

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