Moustique tigre : 95% de la France colonisée d'ici 2085
Moustique tigre : 95% de la France colonisée d'ici 2085

D'ici 2085, le moustique tigre pourrait coloniser jusqu'à 95% de la France métropolitaine, à l'exception des massifs montagneux, sous l'effet du réchauffement climatique. Selon une étude publiée lundi dans la revue Global Change Biology, le risque de transmission autochtone de la dengue concernerait alors 71% à 95% du territoire, hors plaines du nord de l'Hexagone.

Une modélisation inédite à haute résolution

Des chercheurs de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), du Cirad et de l'Abdus Salam International Centre for Theoretical Physics ont réalisé une modélisation à haute résolution spatiale (environ 8 km) de l'impact du réchauffement climatique et des dynamiques démographiques sur l'expansion du moustique tigre et le risque de transmission de la dengue, de 2025 à 2085.

À partir d'un modèle combinant des données climatiques, démographiques et épidémiologiques, ils ont établi deux scénarios prospectifs : l'un de « forte pression » (émissions élevées de gaz à effet de serre, forte croissance démographique), l'autre de « pression médiane » (émissions médianes, stagnation démographique).

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Des résultats contrastés selon les scénarios

Dans le scénario de forte pression, la majeure partie de la France métropolitaine (89% à 96%) présenterait des conditions climatiques propices à l'implantation d'Aedes albopictus, le nom scientifique du moustique tigre, massifs montagneux exceptés. La transmission autochtone de la dengue serait théoriquement possible dans toutes les zones colonisées, hormis les plaines du nord, soit 71% à 95% de la métropole.

Dans le scénario moins pessimiste, entre 49% et 89% du territoire serait soumis à des conditions favorables, et le risque de transmission autochtone de la dengue varierait de 31% à 82%, notent les scientifiques.

La France, un cas d'étude particulier

La France métropolitaine constitue « un cas d'étude particulièrement intéressant », selon les chercheurs, en raison de sa palette de climats (méditerranéen, océanique, continental et alpin), qui en fait un pont entre le sud chaud et le nord froid de l'Europe, et de ses échanges avec ses territoires d'Outre-mer, qui exposent à un nombre conséquent de cas de dengue importés.

La saison de propagation du moustique tigre s'allongerait progressivement, débutant plus tôt au printemps et se prolongeant davantage en automne. Dans certaines zones des côtes méditerranéennes et basques, ce vecteur de virus pourrait même devenir actif toute l'année.

Les zones périurbaines et rurales plus vulnérables

Les simulations montrent que les zones périurbaines et rurales seraient plus vulnérables à la transmission de la dengue que les grandes villes, quand bien même celles-ci hébergent plus de moustiques. Car, hors des villes, « chaque moustique y pique un plus petit nombre de personnes de façon répétée, augmentant le potentiel de propagation », selon un communiqué de l'IRD.

Les scientifiques se sont concentrés sur Aedes albopictus car cette espèce est déjà implantée en Europe et fait l'objet de nombreuses données locales. Ils ont choisi la dengue plutôt que le chikungunya et Zika, car c'est l'arbovirose la plus répandue au monde et qu'il y a des cas locaux en France chaque année depuis 2010.

Un autre moustique sous surveillance

Un autre moustique, Aedes aegypti, est un vecteur encore plus efficace pour transmettre la dengue. Les chercheurs notent que l'expansion actuelle de son périmètre nécessite une surveillance étroite, car son implantation constituerait un risque majeur pour la santé publique.

Si plusieurs facteurs ont contribué à la propagation rapide du moustique tigre dans l'Hexagone depuis son arrivée en 2004, l'étude estime que la quasi-totalité des futurs changements dans l'aire de répartition du moustique et dans le risque de transmission de la dengue seront attribuables au changement climatique.

Des préconisations pour l'avenir

Face à la probabilité d'épidémies d'arbovirus de plus en plus fréquentes et étendues, les chercheurs font plusieurs préconisations, comme s'inspirer « des mesures de lutte intégrées mises en œuvre dans les pays tropicaux où le virus est endémique, lesquelles comprennent également des mesures de prévention de grande envergure ».

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« L'avenir des maladies dites tropicales dépend en fin de compte des politiques climatiques d'aujourd'hui », préviennent les scientifiques, qui rappellent que le changement climatique dépend des émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines.