Le Parlement européen a donné son feu vert ce mercredi aux nouvelles techniques génomiques (NGT) dans le domaine agricole. Ces technologies peuvent rendre les cultures plus résistantes à la sécheresse ou aux maladies, mais elles inquiètent les défenseurs de l'environnement et les petits agriculteurs.
Que sont les NGT ?
Les NGT permettent de modifier le génome d'une plante sans introduire d'ADN étranger, contrairement aux OGM de première génération. On obtient ainsi des variétés moins gourmandes en eau ou en pesticides, comme un blé pauvre en gluten. Bien que les semences soient des organismes génétiquement modifiés, elles ne sont pas considérées comme « transgéniques ».
Le débat sur ces biotechnologies divise le monde agricole. Jusqu'à présent, cette technique d'« édition » génomique était classée dans la catégorie des OGM, quasiment tous interdits à la culture dans l'Union européenne.
Il faudra plusieurs années entre la phase de test des nouvelles variétés et leur commercialisation avant que des aliments issus des NGT arrivent dans les assiettes des Européens. Cependant, des organisations environnementales s'alarment de l'absence d'étiquetage obligatoire sur les produits finaux.
Les bienfaits selon les défenseurs
Au Parlement, la rapporteure de la loi, l'eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd (PPE, droite), vante une technologie qui « permettra de cultiver des plantes résistantes au changement climatique et d'obtenir des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites ».
Le texte est soutenu par des exploitants aux Antilles pour lutter contre un champignon qui ravage les bananeraies : la cercosporiose noire. Plus largement, l'autorisation des NGT est réclamée par la puissante organisation agricole Copa-Cogeca, ainsi que par les grands semenciers, au nom de la compétitivité européenne face aux États-Unis et à la Chine, qui y ont déjà recours.
Les NGT de catégorie 1, sous réserve d'un nombre limité de mutations, seront considérées comme équivalentes aux variétés conventionnelles. Les NGT résistantes aux herbicides ou produisant des insecticides ne seront pas autorisées sur le marché, au nom de la durabilité. Dans l'agriculture biologique, aucune NGT ne sera autorisée.
Les reproches des opposants
Thomas Gibert, maraîcher en Haute-Vienne et porte-parole de la Confédération paysanne, voit dans les NGT un « risque majeur » de « privatisation » du vivant et « d'homogénéisation des cultures », soutenu par le « lobby ultra-puissant de l'agro-industrie ». Son syndicat avait appelé les eurodéputés à rejeter le texte ou à adopter a minima des mesures sur la traçabilité des semences et contre la concentration des brevets chez les plus grands semenciers.
« À travers les brevets, il y a un risque de concentration du marché entre quelques grands groupes internationaux et que dans les années qui viennent, ce soit tout le tissu des petits producteurs européens de semences qui disparaisse progressivement », explique le socialiste français Christophe Clergeau. Tous les amendements en ce sens ont été rejetés.



