L'Association de la police judiciaire (APJ) a vivement critiqué, dimanche 9 août 2026, l'ancien ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, l'accusant d'avoir « trahi » ses promesses concernant les enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs. Dans un communiqué, l'APJ dénonce le manque de moyens alloués à ces investigations, malgré les engagements pris en 2023.
Des engagements non tenus
En 2023, Gérald Darmanin avait annoncé la création de 200 postes supplémentaires dédiés aux enquêtes sur les violences sexuelles sur mineurs, ainsi que la mise en place de pôles spécialisés dans chaque département. L'APJ affirme que ces mesures n'ont jamais été concrétisées : « Aujourd'hui, les effectifs sont en réalité en baisse, et les pôles spécialisés n'existent que sur le papier », déplore le syndicat.
Selon l'APJ, les enquêteurs sont débordés et manquent de temps pour traiter les dossiers. « Les victimes attendent des années avant que leur affaire soit jugée, et certaines affaires sont classées sans suite faute de moyens », ajoute le communiqué.
Des chiffres alarmants
L'association cite des statistiques internes : en 2025, le nombre de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs a augmenté de 15 % par rapport à 2024, mais le nombre d'enquêteurs affectés à ces dossiers a diminué de 8 %. Cette disproportion entraîne un allongement des délais d'enquête, qui atteignent en moyenne 18 mois, contre 12 mois en 2020.
« C'est une trahison pure et simple. Les promesses électorales ne suffisent pas à protéger les enfants », a déclaré un porte-parole de l'APJ, qui a requis l'anonymat.
Une réponse de Darmanin
Interrogé par nos confrères de Libération, Gérald Darmanin a répondu que « les effectifs ont été renforcés dans le cadre de la loi du 20 novembre 2023, et que les pôles spécialisés sont en cours de déploiement ». Il a également rappelé que « la priorité donnée à la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs est absolue ».
Mais l'APJ reste sceptique : « Les déclarations ne remplacent pas les moyens. Nous demandons un audit indépendant des effectifs réels et des financements alloués. »
Des conséquences concrètes pour les victimes
Cette situation a des conséquences directes sur les victimes. Selon une étude de l'APJ, 60 % des victimes de violences sexuelles sur mineurs abandonnent les poursuites avant le procès, en raison de la lenteur de la procédure et du manque de soutien psychologique. « Les enfants sont les premières victimes de cette négligence », insiste le syndicat.
L'APJ appelle le nouveau gouvernement à agir d'urgence : « Nous demandons la création d'un véritable service dédié, avec des moyens humains et financiers à la hauteur de l'enjeu. »
Un contexte politique tendu
Cette critique intervient alors que le procès de l'affaire des viols de Mazan, où des dizaines d'hommes sont jugés pour avoir violé une femme droguée à son insu, a relancé le débat sur la culture du viol en France. L'APJ souligne que « les enquêtes pour violences sexuelles, qu'elles concernent des majeurs ou des mineurs, souffrent des mêmes carences structurelles ».
Le syndicat demande également la publication d'un rapport indépendant sur l'état des lieux des enquêtes pour violences sexuelles sur mineurs, afin de « rétablir la confiance entre la population et la police judiciaire ».



