Natalité : les pays rivalisent d'originalité pour faire des bébés
Natalité : les pays rivalisent d'originalité

Un plan français pour relancer la natalité

En février, le gouvernement français dévoilait son plan pour lutter contre la baisse de la natalité. Instauration d'un congé parental au 1er juillet, meilleure prise en charge de la congélation des ovocytes, bilan de fertilité, mise à jour du programme scolaire... Tout un paquet de mesures pour relancer la démographie dans l'Hexagone. Dès la fin de l'été 2026, le gouvernement s'assurera d'ailleurs que les jeunes ont bien saisi le message en leur envoyant une lettre à 29 ans, ayant pour but de "mieux les informer" sur le sujet. En la matière, la France n'est pas la seule à faire preuve d'originalité. Aux quatre coins du globe, les États rivalisent de créativité pour convaincre leurs concitoyens de faire des bébés. Tour d'horizon.

Éducation sexuelle et discothèque

S'il n'y a rien d'exceptionnel à enseigner la sexualité aux élèves, plusieurs pays ont révisé leur programme pour les orienter vers des thématiques plus "fertility-friendly". Entre autres, la Chine, qui depuis qu'elle est revenue sur sa politique de l'enfant unique il y a 10 ans, tente de faire rebondir la natalité dans un pays où le taux de fécondité est de 0,8 enfant par femme. Après avoir donné leurs chances aux méthodes traditionnelles, dont la création d’un congé paternité par exemple, Pékin a constaté la réticence de sa population, marquée par les politiques démographiques précédentes. Aussi, pour relancer sa natalité, le gouvernement chinois mise sur la génération suivante. Depuis 2024, les établissements d'enseignement supérieur doivent dispenser une "éducation à l'amour" afin de présenter le mariage, l'amour, la procréation et la famille sous un jour positif. Un élan impulsé par les cadres du parti communiste local qui se sont à nouveau engagés à promouvoir "des attitudes positives envers le mariage et la procréation" afin de stabiliser les taux de natalité, fin 2025.

De son côté, le ministère de l’Éducation russe a adopté une approche plus drastique. Alors que la guerre a largement affecté la démographie, pas question de laisser les lycéennes enceintes de côté : plus de 30 régions ont instauré des aides pouvant atteindre les 100 000 roubles (1 213 euros) pour ces écolières. Le ministère a également proposé l'an dernier d'instaurer des "discothèques scolaires". Natalia Agre, une représentante de l'institution, imaginait des soirées organisées au cœur des écoles, afin de favoriser les rencontres... et plus si affinité. "Où est le romantisme chez les enfants ?" s'interrogeait-elle pour justifier son invention. Pour l'heure, le projet ne semble pas avoir abouti.

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Une idée surprenante qui a pourtant dépassé les frontières de la Russie. En avril dernier, la ministre lituanienne de la Sécurité sociale et du Travail attribuait en partie le déclin de la natalité aux difficultés des jeunes à nouer une relation de couple. Pour y remédier, elle a proposé de remettre au goût du jour les "discothèques traditionnelles". Pour les majeurs, cette fois.

Applications de rencontre

Au Japon, les institutions s'inquiètent également de la vie sociale et amoureuse de leurs jeunes. Aussi, pour favoriser la drague, la préfecture de Kochi, où 38 % des habitants ont désormais plus de 65 ans, s'est munie d'une enveloppe de 20 000 yens par personne (107 euros) pour financer les abonnements des jeunes aux applications de rencontre. Le but étant de procréer et non de subventionner les aventures sans lendemain. Pour en bénéficier, il faudra attester de son célibat et s'inscrire sur des plateformes jugées sérieuses : Tinder est pour l'instant exclue de l'offre.

Cette stratégie n'est pas une première au pays du soleil levant. En 2024, le gouvernement local de Tokyo - 0,99 enfant par habitante - avait lancé sa propre application de rencontre. Pour créer un compte, les bachelors et bachelorettes devaient là encore se munir d'un certificat de célibat délivré par la commune et d'une lettre sur l’honneur attestant être à la recherche de leur âme sœur.

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Moins d'impôts...

Conscients que certains couples renoncent à leur désir d'enfant pour des raisons financières, de nombreux pays essayent également de relancer la natalité en proposant des réductions d'impôts. En Hongrie, 5 % du PIB du pays est consacré aux politiques natalistes, deux fois plus qu'à la défense. Les mères ayant deux enfants ou plus sont exonérées d'impôt sur le revenu à vie. Celles qui n'en ont qu'un sont dispensées jusqu'à leurs 30 ans. De plus, afin d'inciter les jeunes couples mariés à sauter le pas, un "prêt bébé" de 25 000 euros a été instauré par Budapest. À cette somme s'ajoute le "Tchok", un prêt du même montant qui se destine à la construction ou à l'achat d'une maison. Des avances qui se transforment en dons pour les couples qui s'engagent à avoir trois enfants. Jusqu'à 50 000 euros offerts au total, donc.

Ces politiques ont été instaurées par le gouvernement de l'ancien Premier ministre Viktor Orban, qui avait fait de son combat pour faire rebondir la démographie - qui n'a d'ailleurs pas porté ses fruits - un argument majeur de campagne. Reste à savoir si ces politiques seront maintenues par son successeur, Péter Magyar. Élu en avril 2026, il s'est engagé "à enrayer le déclin démographique d’ici à 2035".

De son côté, le président lituanien envisage également de supprimer l’impôt sur le revenu pour les parents qui ont au moins deux enfants et qui touchent jusqu’à 1 400 euros de salaire net. En matière d'impôts, la Chine a, quant à elle, privilégié les hausses : les préservatifs et les pilules sont désormais soumis à une TVA de 13 %, soit le taux normal applicable à la plupart des biens de consommation.

... Et plus d'allocations

En Corée du Sud, le gouvernement qui ne se contente plus de réductions d'impôts ou de prêts à taux réduits a sorti le chéquier. Alors que le pays détient le record du plus bas taux de natalité au monde, Séoul tente de convaincre les Coréens de faire des enfants en offrant 1 million de wons (593 euros) mensuels pendant un an, aux parents d'un nouveau-né. La moitié l'année suivante, soit quelque 11 000 euros au total. Et parce que baisse démographique rime avec moins de main-d'œuvre, l'entreprise Booyoung participe également à l'effort du gouvernement. Depuis février 2024, le groupe de construction privé offre 70 000 euros à chacun de ses employés qui accueillent un nouveau-né.

De l'autre côté du globe, l'Italie dont le taux de natalité est l'un des plus bas d'Europe avec 1,3 enfant par femme, a adopté une stratégie similaire. Depuis juillet 2021, à partir du 7e mois de grossesse et jusqu'aux 21 ans de l'enfant, les nouveaux parents reçoivent une allocation variant selon leurs revenus, de 200 à 250 euros par mois, soit 51 000 à 63 750 euros au total.

Ces mesures, aussi farfelues soient-elles, suffiront-elles à convaincre les citoyens de faire des enfants ? Dans les colonnes du Guardian, la professeure de démographie, Melanie Channon, assure que dans les trois quarts des pays interrogés, plus de 40 % des femmes achèvent leur période de fécondité avec moins d'enfants qu'elles ne le souhaiteraient. Une situation qui reflète l'insécurité économique, les difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale, ainsi que des contraintes sociales plus générales, indique l'experte.