Les vendanges du Muscat de Lunel ont débuté le 30 juillet, une date inédite dans l'histoire de la coopérative. Les premières grappes ont été coupées dans les vignes lunelloises, marquant une avance d'environ un mois par rapport aux habitudes. « Avant, on commençait vers le 20 août », se souvient Hervé Rousse, maître de chai depuis près de trente ans. Cette précocité s'explique par les fortes chaleurs qui accélèrent la maturation du muscat blanc à petits grains, unique cépage de l'appellation.
Une avance de plusieurs semaines dans le calendrier des vendanges
À 6 h 30, les vendangeurs sont déjà dans les rangs, devançant le soleil. Les premières remorques arrivent à la cave coopérative quelques heures plus tard, chargées de raisins provenant de Lunel, de Lunel-Viel, de Saturargues ou de l'ex-commune de Vérargues. Jean-Luc Vedel, propriétaire de 15 hectares de vignes entre Lunel et Vérargues, constate : « Il y a pratiquement un mois d’avance ». Ce viticulteur, qui a repris l'entreprise familiale en 2010 après une carrière dans l'industrie, observe directement l'évolution dans ses parcelles.
Le muscat blanc à petits grains est naturellement précoce, mais les températures élevées accélèrent encore son cycle. Cette année, débuter la récolte en juillet a marqué une nouvelle étape. Les viticulteurs doivent s'adapter à ce calendrier bouleversé, tout en préservant la qualité du raisin.
Un suivi précis du raisin, de la vigne à la cave
À la cave coopérative, chaque remorque est pesée puis contrôlée par Sébastien Michel, actuel saisonnier et ancien caviste. À l'aide d'un réfractomètre, il mesure le taux de sucre des raisins, ce qui détermine leur destination. Un même cépage peut donner plusieurs vins : récolté plus tôt, avec moins de sucre, le muscat est vinifié en blanc sec ; lorsqu'il atteint environ 14,8 degrés potentiels, il peut servir à produire le vin doux naturel, plus sucré et alcoolisé. « On commence par le vin blanc et on termine par le vin doux », explique Hervé Rousse.
Le raisin destiné à la vinification est ensuite éraflé avant d'être pressé. Le jus est refroidi puis envoyé dans les cuves. Pour les vins blancs, la fermentation est maintenue sous contrôle grâce au froid. « Il faut toujours que le vin soit à la même température », précise le maître de chai. Pour le vin doux naturel, la fermentation est arrêtée par l'ajout d'alcool vinique, conservant une partie des sucres naturels ; le produit titre environ 15 degrés.
La chaleur dicte le calendrier et perturbe la maturation
Pour déterminer le moment idéal de récolte, les viticulteurs réalisent des prélèvements à plusieurs endroits d'une même vigne. Les raisins sont pressés pour mesurer leur taux de sucre. « Il faut un panel », explique Jean-Luc Vedel. Ces résultats permettent de comparer les parcelles et d'éviter de récolter trop tôt ou trop tard. Car attendre quelques jours peut modifier considérablement le raisin : les fortes températures accélèrent la maturation mais peuvent aussi provoquer une déshydratation des baies.
Diego, vendangeur depuis 15 ans, montre des grains qui ont commencé à prendre une couleur cuivrée. « Ça, c’est le soleil », explique-t-il. Ces raisins ont perdu de l'eau et donc du poids. La chaleur peut également perturber la maturation : sur une même grappe, certaines baies peuvent être mûres alors que d'autres restent vertes. « La vigne se met en sécurité », ajoute Jean-Luc Vedel. Le terroir accentue cette situation : les grappes sont particulièrement basses, parfois à quelques centimètres du sol, au milieu de terrains très caillouteux. Or, les pierres emmagasinent la chaleur durant la journée puis la restituent.
La chaleur modifie aussi l'organisation des équipes. Les vendangeurs commencent très tôt et terminent avant les heures les plus chaudes. Dans les rangs, l'ambiance reste collective : les habitués retrouvent chaque année les mêmes parcelles et les nouveaux apprennent les gestes de la récolte.
Une coopérative qui s'adapte à un climat changeant
La coopérative lunelloise rassemble une trentaine de coopérateurs, soit environ 180 hectares de vignes. Sa capacité peut absorber 100 tonnes de raisin par jour, même si la moyenne tourne autour de 60 tonnes. Le Muscat de Lunel reste son produit historique, mais la cave travaille également d'autres cépages et produit des vins blancs et des rosés. Face à des vendanges de plus en plus précoces, la coopérative et ses viticulteurs doivent sans cesse ajuster leurs pratiques pour préserver la qualité de leurs vins.



